mercredi 30 janvier 2013

Bibliothèques #3 (Brigitte Giraud)

Après la bibliothèque du rez-de-chaussée, à nous deux celles de l'étage. Il y règne un fouillis encore plus indescriptible et je ne sais pas comment faire, d'autant que ma fatigue limite mon champ d'opération. Le rêve d'une bibliothèque idéale contenant au plus quatre ou cinq cents titres pourrait me reprendre. Je retrouve cependant avec émotion un inédit de ma compagne, Brigitte Giraud, dédié à Isabelle B. qui se reconnaîtra. Le manuscrit s'intitule Un avant-goût de la nuit. Il a une quinzaine d'années.

 

Les draps respirent

un mot sur un autre mot

le noir obstinément rompu

défile aux doigts qui errent

par-delà la lampe inanimée

*

Ecouter la peau

qui ne craque pas

et ce tintamarre

sous l'arche de la mort

une ombre

un hall vide

des souvenirs nus

partout sur les murs.

*

Un pli sur l'oreiller

blanc sur blanc

comme un mal

Où est le rebord

pour se tenir ?

*

La bouche écorche un mot,

s'épuise, s'ouvre encore

puis n'essaie plus

ne parvient pas

et l'oeil s'agrandit autour du silence

la chambre te contient

dans son drap plissé où reposent tes coudes

Tu ne reconnais

ni ta main

ni la maison sur la photo

ni la femme qui t'appelle

l'effroi seulement ligote ton regard

*

Les néons ont blanchi dans la nuit.

Une femme au fichu rouge

noué sous le menton

s'appuie à l'arbre mort,

au silence du vent,

à l'horreur du vide.

Tout au fond de sa voix

poussent des cornes de brume

où des mouettes ont pleuré.