mardi 29 janvier 2013

Dans la durée des oiseaux #3

De grands yeux noirs passent dans une ville morte. Une cloche sonne. Un arbre pend. Des sillages de bateaux donnent à l'eau des frissons lents. Mes mains ne peuvent rien saisir. Ces yeux tout luisants de futur ne sont pas de mon histoire. Ils vont dans une durée impossible à rejoindre. Je reste coi entre nos murs où l'amour luit encore avec le partage des oiseaux.
*
Tuer le temps. Ces quelques mots pour désigner l'ennui, la crainte d'être avec soi dans la torpeur. Tuer le temps par les grandes journées vides écrasées de chaleur, les soirées molles devant le désastre d'un écran. Nous n'avons jamais eu ce désir meurtrier. Nous apprivoisons depuis toujours les silences au coeur de la durée. Avec le poème.


Les grands yeux noirs encore, dans les longues heures des partances. Quand l'air figé abolit tout espace et toute durée. Je les revois sous le poème à venir. Ils ne guident pas ma main entre les mots. Ils sont d'une contrée sans abordage. Je les regarde s'évanouir comme s'évanouit le visage de la violoncelliste. Je te retrouve dans la marche, abreuvé de nos pas qui vont jusqu'à nos rires, jusqu'à nos larmes.


Pourquoi tant de solitude, parfois, dans les pas d'un homme qui marche ? Le silence n'en est pas l'émoi. L'errance ne parle pas aux maisons penchées, aux jardins illisibles. C'est l'absence de durée où le corps disparaît, qui nous étreint.