mardi 5 février 2013

Dans la durée des oiseaux #4

Ton cerveau maigrit. La peur te prend dans ce manque de coulures invisibles. Tu vois l'évidement de tes bras et de tes jambes, tu caresses les grains sur ta peau devenue sèche d'avoir trop pleuré. Mais comment mesurer au jour le jour ce que la mort arrache à ta mémoire ? Dans combien de temps l'éther où tes souvenirs n'auront plus d'apparence ? Il nous faudra marcher encore et encore, avec nos paraboles de neige et de sable, avec ce que nous mettons au cœur de nos lisières, pour toucher de nos corps l'horizon du chemin.


Plus tard, quand de mauvais regrets détourneront nos pensées calmes, nous relirons ces mots qui nous ont tracés. Nos corps plus longs à suivre les heures n'en reconnaîtront pas toute la mémoire. Nous dirons que quelqu'un d'autre, à qui la langue aura échappé comme elle nous échappe, aurait pu les écrire à notre place, courbé sur des jours trop vides. La rondeur d'un bol bleu et d'un fruit sur un coin de table rassemblera alors nos vieux vertiges. Et nous nous coucherons dans ce que nous savons de notre fatigue, en lisière des nuits où les visages sont sans visage.