jeudi 7 mars 2013

Dans la durée des oiseaux #8

 L'enfance des lignes jointes entre les pierres. Dans les corridors où veillent les chats. Sur les dalles infinies des pas perdus. Marcher dessus t'effraie encore. Le ciel tomberait et ce serait ta faute. Tu allèges ta faim pour alléger ta marche. Tu cherches en toi une impossible transparence. Qui lèverait tous les mystères. L'amour dans le lit de la mort. Leur odeur de suint sur la peau. Une durée si lourde que j'en perds mes mains.

*
Tu as reçu en baptême le nom d'un oncle mort. La guerre l'a pris dans des forêts lointaines où sa dépouille n'a pas de lieu. Ton corps a grandi avec cette absence. Une mémoire sans décor pour y planter des mots. Tu as volé la langue refusée par la mère et le père. Sur la neige des rues vides. Dans l'étrave des bateaux de l'autre côté de la mer. Dans les ombres du brouillard où sifflaient tes poumons. Vivre quand même parmi les soeurs aveugles. Marcher avec le nom du disparu. Tenir le silence.

*
Tu ne sais pas quand tu t'es perdue. Tes lèvres ont des rondeurs de papillon qui s'affole. Les mots ne tiennent plus debout ton histoire. Elle appartient à d'autres corps, du père et de la mère, d'inconnus avant eux, égarés comme tu t'égares. Une voix, mais d'oùvient-elle, te dit qu'il "faut beaucoup de mémoire pour refouler le passé". Tes yeux, soudain, cherchent mes mains coupées, le creux de mes os au creux du lit. Je ne suis pas cette voix. Je suis un cheval dans les plaines aux herbes rases. Loin de nos tumeurs au fond de la maison. A l'abri des oiseaux de plomb. Je gagne de vitesse le train des yeux noirs où j'ai pleuré. J'attends la foudre du soleil.