mercredi 13 mars 2013

Le temps par trois

(Ce texte n'est pas sorti dans la revue Borborygmes qui avait lancé un concours sur le temps je ne sais plus quand. A la relecture, je le trouve cependant convenable, c'est déjà ça. )
 
I
Le temps est derrière moi
Grand-mère aux dents vertes
Qui chantait sa complainte aux bords du sommeil
Je presse le pas
Sous l'aiguillon des souvenirs
Qui tiennent encore contre la brume
Je sens sur ma nuque
Le souffle des enfances inventées
Une horloge pourrait sonner là dans la marche
Une maison naîtrait aussi
Avec un père et une mère
Accordés au pain du jour
Un volet battrait la mesure
D'une attente sans nom
Mais comment me retourner
Sur ce qui n'a pas de visage
 
II
Le temps perd en moi
Le grain des instants
Mon chemin ne trouve plus son chemin
Je regarde la ville suspendue à mes paupières
Avant la sirène de midi
Des lumières improbables
Y jettent des signes mouillés
Ils n'ont pas de rumeur sous mes semelles
Quand la marche s'évanouit
Dans la fatigue
Je cherche à saisir les minutes
Qui vont avec le sang
Qu'elles portent encore un peu
Ce qui me reste de conscience
Il faudrait courir et abolir la chute
Devenir vol d'oiseau ou de papillon
Mordre à pleines dents
Un bout d'éternité
 
III
Le temps est devant moi
Dans un corps qui n'a plus ses lieux sûrs
Ligne sans replis où étouffer l'attente
Le sang à découvert du sang
Et battre une vaine mesure
Qui invente encore mon chemin
J'entends que me reviennent
Les chansons vertes de l'enfance
Et le tintement sombre des pendules
Dans la fièvre endormie
Ma peau prend le vieux grain
Des vieilles heures
Toute une mémoire à porter debout
Jusqu'au silence