dimanche 10 mars 2013

Lettre ouverte à Ruben Shreck #3

 Voilà une petite éternité que je ne t'ai pas écrit. Alors que maintenant tu peux me lire. Puisque tu franchis bientôt la dernière ligne de ton ce1. Et c'est bien de lignes qu'il s'agit, longues, difficiles, incompréhensibles souvent. Tu as appris à assembler les lettres pour en faire des mots dans une certaine légèreté. C'était un jeu à pirouettes cacahuètes et tu riais. Tu voulais toujours qu'on aille voir Odile à la bibliothèque de Bacalan. Tu demandais des histoires et encore des histoires.

Cette joie t'a quitté. Tout est plus ardu au ce1. Le sens t'échappe. Et tu nous parais triste. Lorsque nous sommes allés voir le cirque Romanès sous leur chapiteau bariolé, ton rire trébuchait parfois, comme s'il n'était pas totalement avec nous.

Heureusement, Brigitte vient te voir tous les mercredis et vous travaillez la langue en son dedans. Tu aimes ces rendez-vous où tu peux tout dire. Ton visage s'illumine de nouveau. Tu n'as pas encore retrouvé le goût des livres mais tu ne dis plus que tu as cessé de les aimer. Tu sais, il faut beaucoup de temps pour apprivoiser la langue. Et on ne l'apprivoise jamais tout à fait. Un coup de griffes est vite arrivé. Elle sait mordre aussi. Normal, puisqu'elle est vivante.

Dans un an, tu verras, l'impossible ne fera plus partie de ton vocabulaire. Comme Shrek lui-même, d'une espièglerie soulignée d'un pet bien senti, tu triompheras de tous les obstacles.Et, enfin, tu pourras lire Iris et l'escalier d'Anna de Sandre que nous t'avons offert à Noël.

J'en suis tellement sûr, et Brigitte aussi en est sûre, que je pète moi aussi, longuement, et je vois mon pet trotter parmi les fleurs de la tapisserie.

Mon petit Ruben Shrek, nous t'aimons, un point c'est tout.