mercredi 12 juin 2013

Francesco Pittau, la poésie à l'estomac

Une maison vide  dans l'estomac de Francesco Pittau, aux éditions Les Carnets du Dessert de Lune, dépeint la solitude, la désespérance, la cruauté de l'humain. Les corps sont fatigués, les mots tombent en poussière " tels de vieux paletots toujours d'usage ", et il n'est pas certain qu'une [goutte de sang frais parvienne à les nourrir].

Voilà une poésie proche de la littérature noire de François Bon ou de Didier Daeninckx. Elle découpe les vers au scalpel et leur assène de violents coups de hachoir. La lecture s'en trouve brisée et le lecteur perd l'équilibre des sons et des sens. Il doit " les recoudre, les raccommoder, les rapetasser", même si " le cerveau bat la bre/loque ne comprend/plus/se satisfait de cette/course affolée/sur les pages du/carnet..."

Le mal, on l'aura compris, est incurable. Les extraits qui suivent raclent jusqu'à l'os l'épreuve de la lucidité.

" Le soleil blanc
Comme un oignon cru
Dans le ciel d'un seul
Morceau
Tremblotait "
*
" Le soleil de midi le
Chassait
Vers la chambre
Ténébreuse où
Il s'endormait sans
Se dévêtir
L'avant-bras replié
Sur les yeux
Comme pour préserver
Ses rêves "
*
" Mais il a couru
Vers l'ombre
Des tentes
A rayures
Où stagne
Encore
L'odeur des
Poulpes dont les
Intestins roses
Et bleus
Pourrissent dans un
Trou "