dimanche 16 juin 2013

Matthieu Baumier, l'introuvable quête

Je ne connais pas la poésie qui défriche les fondrières de la spiritualité où sont peut-être "les bêtes blanches" de Rimbaud, transies déjà du grand froid des origines. Le poème majuscule, sur la margelle de la Source aurorale, n'est-il pas condamné à trébucher sur sa propre Lumière avant la Chute, loin, si loin de toute Espérance... Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je n'ai jamais su.

J'ai lu, relu et relu encore Le silence des Pierres de Matthieu Baumier paru aux éditions Le nouvel athanor et, l'auteur voudra bien me pardonner, j'ai pensé aux Cantos d'Hypérion de Dan Simmons. Cette quête de l'introuvable, condamnée à l'errance, illustrée par l'arbre-mère ou l'arbre-origine, à la fois source et vie, qui forlonge dans les commencements ce Lieu d'où tout viendrait. 

Yggdrasil, écrit Françoise Bonardel dans sa préface au recueil. Yggdrasil, écrit Dan Simmons qui fait de l'arbre mythique un vaisseau après que la Terre est morte et c'est bien de vaisseau qu'il s'agit, épointé même, pour figurer le Poème sous la plume de Matthieu Baumier.

Ajoutons à cela la figure de l'exilé alors [qu'il pleut sur l'oraison] et que les " ciels se sont brisés" et vous atteindrez peut-être le désespoir ontologique d'un poète à qui s'est imposée la croyance d'un au-delà serti dans un en-deçà. 

Je demeure pétrifié devant les beautés mystiques de Matthieu Baumier qui les offre, notamment, à Jean Grosjean, Michel Host ou Jean-Luc Maxence :

" Les lucarnes bleues reverdissent
A la fin de chaque été
Elles escaladent les montagnes déchirées
Et saisissent la paupière des nuages
Elles échappent aux embuscades
Risibles du présent
Et signent le retour des matinaux
Elles lancent des braises vers les lointains
Et la nuit ricoche contre les oiseaux
C'est à la fin de chaque poème
Que le séjour des pierres reprend
*
Il faudra bien que tout se taise
Pour qu'un son de pierre
Encore retentisse
De nos rêves exilés dans la mémoire des abeilles
*
Egarés dans la poussière d'un sillon
Vieux tracés oubliés
Nous regardons les larmes
De l'arrière paysage
L'oeil du monde pleure
Sa nuit captive
Tu vois,
tout se joue à l'instant des murmures
quand la glaise s'embrase
aux feux de nos cicatrices