samedi 14 décembre 2013

Par pied en quelque place

Je pense à la langue savoureuse que nos amis arméniens avaient quand ils ont commencé à la défricher.  
Exemple : " Je vais par pied en quelque place voir un château anticien. "
J'aime ce " en quelque place" autrement beau que notre commun " quelque part". J'aime aussi ce " par pied " même s'il s'agit peut-être d'une distorsion venue de la langue anglaise. Et j'adore le mot-valise " anticien ". 
Je veux dire surtout que ce phrasé original et poétique permet au locuteur natif que je suis de redécouvrir l'étrangeté de sa langue. Du reste, je n'ai pas automatiquement traduit " en quelque place " par " quelque part ". J'ai cherché un peu. Et c'est dans cette recherche, même rapide, qu'on réinterroge la banalité du langage puis celle de la langue et qu'on y trouve des étrangetés. En quoi une place peut-elle être une part ? En quoi une part peut-elle se constituer en place ? Par quelle volonté du sujet ?
Alors, je regrette presque que nos amis, qui dominent de mieux en mieux la langue dite vraie ne disent plus " par pied" ou " anticien ".
En plus, maintenant, ils ont leur mignon Ruben Shrek pour les reprendre s'ils se trompent. 
Bon, je vous quitte parce que je dois aller en quelque place où personne d'autre pourrait y prendre ma part.