jeudi 8 mai 2014

Lâche comme n'importe qui

Une vidéo circule sur Facebook. Un homme s'effondre en pleine rue. Il est mal habillé. Les passants ne s'arrêtent pas, ne lui portent pas secours. Quelques plans plus tard, dans la même rue, un autre homme s'effondre. Il est bien habillé. Des passants s'arrêtent. L'homme mal habillé effraie. Encore un SDF, qui a bu, drogué peut-être, ou mal intentionné. L'homme bien habillé rassure. On lui vient en aide.
Les commentaires qui accompagnent ces images évoquent l'individualisme forcené de nos sociétés, l'indifférence à l'exclusion, la lâcheté. 
Soit !
Mais cette lâcheté est l'un des maux les mieux partagés du monde. J'en prends ma part en toute lucidité. Je détourne les yeux quand j'aperçois un homme couché dans la rue. 
Une fois, j'ai vu une femme allongée contre une palissade de chantier près du Garage moderne à Bacalan. Je me suis approché. J'ai touché l'épaule de cette femme qui s'est lentement réveillée d'un sommeil médicamenteux ou alcoolisé. Etant en voiture, je lui ai proposé de la conduire à l'hôpital. Elle a refusé. M'a demandé de l'amener dans une rue sous le pont d'Aquitaine. Un endroit peu sûr y compris en plein jour. Elle est montée dans la voiture en me suppliant de ne pas aller à la police. Je l'ai rassurée. J'ai insisté pour l'hôpital et elle pour sa rue. Elle m'a dit non pour l'hôpital. Je lui ai dit non pour sa rue. Elle est partie.
Taraudé par un sentiment de lâcheté, (j'aurais pu au moins l'approcher de sa rue), je n'ai jamais raconté cette histoire que ma compagne même découvrira en lisant ces lignes.
Je ne suis pas un héros. Je ne me serais pas arrêté si ç'avait été un homme. Je ne me serais pas arrêté à dix heures du soir. J'aurais eu peur d'un mauvais coup, ou tout au moins de complications. Personne n'aime les complications.
La vidéo de Facebook prétend donner des leçons d'humanité. Des phrases en français et en anglais interpellent le spectateur : Et vous que feriez- vous ? 
Je retourne la question aux auteurs du film et aux personnes qui ont laissé leur commentaire.
Et vous-même ? Dites-moi un peu ! Quand on sait qu'une jeune fille peut se faire violer dans un tram sans qu'aucun passager n'appuie sur le signal d'alarme alors qu'il y a foule dans la rame...
Voilà ! J'avoue ma faiblesse coupable. La peur et toujours la peur. Je ne suis pas meilleur que n'importe qui.
En voulant, et c'est légitime, secouer les consciences alanguies, cette vidéo ne fait que culpabiliser les humains ordinaires. Elle n'atteint pas son but.