mardi 28 avril 2015

La revue Métèque

Jean-François Dalle a fondé la revue Métèque ( sous-titrée Advienne que pourrave) en juin 2013. Son grand format, sa couverture épaisse et l'impression en offset sur du papier de cent trente-cinq grammes annoncent un objet d'art autant qu'un objet littéraire. En couleur ou en noir et blanc, la photographie y fait miroiter les aspects les plus sordides de notre monde en décomposition. Sur le site de la revue, également de belle facture, Jean-François Dalle en appelle à Cioran qui écrivait dès 1952 : " Déjà se forme l'image d'un univers où plus personne n'aura droit de cité. Dans tout citoyen d'aujourd'hui gît un métèque futur." Un individu rejeté donc. Sale entre les doigts de pied. Au verbe qui défrise les basses politesses. Capable de dire merde ou je t'encule. Bref, un pavé dans la mare des consensus mortifères. 
Dans le numéro 1, les auteurs se sont retrouvés autour du thème Amour Sexe & j'en passe. Les fleurs bleues scintillent peu au firmament des amants. Du reste, elles sont mortes si l'on en croit la toile très heurtée de Justin Aerni, Death flowers, qui accompagne le crépusculaire poème d'Al Denton, lequel écrit : " on ne guérira pas/de la tourbe et du miel/pas de la gueuserie/ni du sang mal reçu/on ne guérira pas/des armées primitives/pas du Koweit ni des/bras tendus de la mort."
Lisez aussi dans cette première livraison, la prose trash de Marianne Maury Kaufmann, " Un jour il a perdu une dent et j'ai cherché dans ma chatte." Ou, encore, le poignant Tic-tac-boum de Marlene Tissot avec, en écho, l'oeuvre du plasticien Teddy Harvest : un coeur esquissé à l'enseigne du mobilier urbain. Oh solitude ! quand tu nous prends les tripes !
Le numéro 2 aborde l'éternelle et douloureuse question de Papa Maman. Comme un dimanche d'Isabelle Bonat-Luciani nous emmène en voiture sur une jolie route de campagne et on comprend, pétrifié, que l'accident n'en est pas un... En vis-à-vis d'une photographie de Sophie Lampole qui représente l'image troublée d'un homme assis, Brigitte Giraud évoque la figure de son père dans Un sourire à table. Le ton moins dur mais sans concessions au poids des secrets montre un homme faible auquel les mots ont toujours manqué et qui " voulait la paix, seulement la paix ".
Je ne peux citer tous les participants à cette aventure littéraire. Côté plume, notons encore Nadine Janssens, Geneviève Paclerc, Heptanes Fraxion et Azilys. Côté image, remarquons CW Wells, Anne van der Linden, Roger Guetta et Toshihiro Okada. Autant de voix singulières pour dire notre piètre condition d'humain/déshumain. Le jour se lève, ça vous apprendrave !
Revue Métèque, N°1, juin 2013, 17 €
Revue Métèque, N°2, avril 2015, 12 €
Un numéro zéro est également disponible
Site de la revue : www.revuemeteque.com