mercredi 8 avril 2015

Mes yeux dans l'air qui tremble

Mes yeux dans l'air qui tremble
Brouillent les lignes des toitures
Ma langue n'a plus de lieu où se tenir
Il faudrait retourner à mes premiers suints
Quand rien encore n'était nommé
Ni visage ni paysage
Changer de commencement
Parmi les gestes et les mots
Tout reprendre de soi depuis l'ébauche
Improbable chantier du vertige
*
Une cheminée fume
Un filet gris aussitôt dissipé
Il n'a aucune beauté qui rayonnerait
Les tuiles sur les toits ne frissonnent pas davantage
L'oiseau ne gagne rien en profondeur
Mais les mots appris dans les enfances
Apportent leurs vieilles embellies
Panache ou ruban nuage ou volute
La fumée devient bleuâtre
Le ciel lui ouvre un corridor
Où montent aussi des escarbilles
Et je m'étonne encore de ces mots retoucheurs
Comme quand j'avais dix ans
*
Mon corps penché à la fenêtre
Moins rassemblé au bord du vide
La trame du paysage se sera détirée
Rien n'a bougé pourtant parmi les tuiles
Les cheminées gardent le collet haut
Un chat pourrait languir contre un mur
Mais il y a quelque chose qui m'éparpille
De nouveaux accrocs dans la lumière
Des glissements invisibles entre les formes
Un flou impossible à composer
Sans lieu