dimanche 26 juillet 2015

Jean-Michel Michelena / Pär Lagerkvist

La bibliothèque étant repeinte, il faut rentrer les livres. Moues ! Sourires ! Grincements ! Haussements d'épaule ! On a fait cette fois-ci une grande saignée qui libère deux étagères. 
Je redécouvre Beau front pour une vilaine âme de Jean-Michel Michelena publié en sa propre maison. L'ouvrage ne manque pas d'ampleur dans la palette sonore et le lecteur y trouvera des pépites. Même si l'ensemble paraît froid, trop raisonné peut-être dans son va-et-vient entre structure et "déstructure". Cette publication fut chaleureusement accueillie par Roland Barthes et Jacques Réda. J'en apprécie pour ma part quelques exercices de détestation. " Deux mois d'été dans une ferme suffirent à m'en faire exécrer à jamais choses et gens. " " La bassesse des écrivains t'accable. Tu les veux secs, comme ferrailleurs, banquiers durs, voués au mal, forts, sans gloriole." 
Je redécouvre aussi Angoisse de Pär Lagerkvist paru à l'atelier La Feugraie et lié au souvenir d'une promenade dans la ville de Céret avec ma compagne Brigitte Giraud. Un univers qui ne manque pas non plus de détestations. " Elle m'irrite la pensée de toutes ces formes zoologiques inférieures, plus ou moins réussies, qui précédèrent l'homme dans l'incertaine ascension de l'évolution ; elle ne me quitte jamais ! "
La poésie de Pär Lagerkvist est donnée en revanche sans apprêt, dit sans détour ni mise en scène douleur et désespoir. "Angoisse, angoisse, tu es mon héritage, // la plaie de ma gorge, // le cri de mon coeur dans le monde. // Les nuages écumeux se figent // dans la grossière main de la nuit, // forêts et montagnes abruptes // montent avec parcimonie // vers la voûte céleste // ratatinée. " " je blesse mes mains douloureuses // contre les montagnes et la forêt sombre, // contre le fer noir du ciel // et contre la terre froide ! "
" Aucune main n'est aussi vide que la mienne, // aucun coeur n'est aussi désert. // Qui pénètre dans mes cours // se croirait parmi les morts. "
Pär Lagerkvist, prix Nobel de littérature en 1951, se définissait comme un "croyant sans Dieu, un athée religieux". La dimension du sacré, entre attirance et répulsion, traverse une partie de son oeuvre. Il y a peut-être là un lien avec le chemin d'écriture de Michelena, à trouver dans le silence quand la pensée vagabonde autour de ces deux voix, de leurs échos.