samedi 16 janvier 2016

D'où je viens ne m'est rien

D'où je viens ne m'est rien.
Je possède si peu
De ce qui sert à vivre.*
Mon corps est né dans l'absence
Ni geste ni langue
N'ont aveuglé en lui le grand secret
Des solitudes
Je marche à sa rencontre nue
Sans le parapet des ombres fausses
A l'entour du regard
Je sais comment me dépouiller
Avec la foudre du silence

 Jacques Vandenschrick, Avec l'écarté, 1995


Il y a une fondrière avec un nid de bêtes blanches*
Les mots comme les pas en retard du corps
Ne tiennent rien debout
Terre et ciel tremblent dans le vertige
Des mémoires qu'on ne sait plus reconnaître
Il y a des chancres écarquillés
Dans les fondrières invisibles sur ma peau
Du suint dans mes humeurs défaites

 Arthur Rimbaud, Illuminations, (Enfance) 1874


Combien de temps pour être fidèle à son manque ?*
On ne s'est pas encore apprivoisé
On cherche l'absence au cœur des vieilles traces
Une lueur sombre sur les lignes passées
Le chemin en moi s'immobilise
Des ombres vont dans ses marges
Comme de pauvres sortilèges
Incapables d'envoûter les silences
Il faudrait sortir de soi
Les larmes et les cris
Les souvenirs dont on n'a pas voulu
Du père et de la mère
Mais comment soulever la peau
Qui pèse sur la peau

Jacques Vandenschrick, En qui n'oublie, 2013


Le corps se sectionne dans le corps*
D'autres regards naissent dans le regard
Abreuvés à d'autres paysages
On croit deviner les hauts murs
Venus des enfances qu'on a rêvées
On invente des signes insaisissables
Pour dire l'oiseau qui soutient l'horizon
La fenêtre borgne d'où monte un soupir
De quand on avait dix ans
On reste comme une ligne coupée
On oublie que nos pas sont nos pas
Dans le mystère qui nous foudroie déjà
On n'ira guère plus loin
Il est temps

Jean-Louis Giovannoni, Garder le mort, 1975