mardi 17 janvier 2017

Miguel Hernàndez, Recueils d'absences

«  Qu’ai-je donc fait pour que l’on mette
dans ma vie autant de prisons ? »
1939 en Espagne pendant la guerre civile. Le poète Miguel Hernández, engagé dans les rangs des Républicains et membre du parti communiste, est condamné à la réclusion perpétuelle par le régime franquiste. Il meurt trois ans plus tard dans sa cellule. Tuberculose. Il a trente-deux ans. Un poète assassiné. Un de plus. Les dictatures n’aiment pas les mots qui ont des ailes.
Jean-Marc Undriener publie aux éditions Centrifuges sa traduction de la dernière œuvre du poète Cancionero y romancero de ausencias / Recueils d’absences. Il s’agit d’un ensemble inachevé, où se mêlent tercets dépouillés à l’extrême, sonnets  et poèmes au long cours, incantatoires. Seize textes raturés, poignants dans leur inachèvement même, prolongent ce livre des absences.
L’absence du corps de l’aimée, du corps amoureux et nourricier. L’absence du fils mort à dix mois. L’absence de liberté. L’absence d’espoir et de perspective. De sens ?
« C’est pour cela que les gares
ont le goût de la mort, tout comme les ports.
C’est pour cela qu’à notre départ
les mouchoirs s’effeuillent.
Nous sommes tels des cadavres ambulants
dans l’horizon, loin. »

Résultat de recherche d'images pour "miguel hernandez poemas"La genèse de ce magnifique recueil d’ombre et de lumière, de lait et de miel, de vent et de cendre est rigoureusement établie par Jean-Marc Undriener : « …les Recueils d’absences constituent l’ultime et fascinant témoignage d’un poète saisi par l’urgence, un poète en quête de sens, en constante évolution, en constante interrogation, un poète dont l’œuvre la plus aboutie est, paradoxalement, celle qui n’aura jamais vu le jour. »
Plusieurs encres du peintre Fusco accompagnent l’ouvrage des mots. Elles représentent un corps d’homme flottant dans l’air (l’éther ?). Ses bras sont écartés. Un rayon de lumière noire traverse (crucifie ?) ce corps offert. Le mystère demeure. Comment pourrait-il en être autrement quand triomphent  les forces du mal ?
Les lecteurs hispanophones trouveront l’original de ce Cancionero y romancero de ausencias sur le site mhernandez.narod.ru/poesia.htm
Extraits :

Dis-moi depuis là-bas, en bas,
les mots je t’aime.
Parles-tu sous la terre ?
Je parle comme le silence.
Aimes-tu sous la terre ?
Sous la terre j’aime
parce que là où tu traverses
mon corps aussi veut traverser.
Je brûle de puis là-bas, dessous
et j’allume ton souvenir.

*

Je suis une fenêtre ouverte qui écoute,
par laquelle regarder la vie ténébreuse.
Mais il y a toujours, dans le combat, un rayon de soleil
Qui finit par laisser l’ombre pour morte.

*

Emmenez-moi au cimetière
des vieilles chaussures.
Passez-moi à toute heure
le chiendent du balai.
Semez-moi comme on sème
des statues au regard rigide.
Dans un jardin de bouches,
futures et dorées,
mon ombre s’illuminera.


Recueils d’absences de Miguel Hernández, (plus de deux cents pages sur beau papier coquille d’œuf, couverture à rabat), est disponible chez votre libraire ou sur le site des éditions Centrifuges. Il coûte 15 euros.

Image 1 : cornadasparatodos.blogspot.com

Image 2 : www.fibrillations.net