samedi 4 mars 2017

Viagem a Porto, 5

Ma soeur aînée me demande si je suis en cure à Porto. Je lui dis que oui. En cure de moi-même. Pas au sens du soin, non. Au sens premier. Curer la vase. Celle dans laquelle je pourrais me noyer. Toute cette mémoire qui a ranci et me déborde. Tous ces désirs foutraques de vivre contre tout en vivant avec. La réalité humaine est cafouilleuse, disait Lacan. Il savait de quoi il parlait : il a beaucoup cafouillé lui-même.

J"ai beaucoup marché aujourd'hui, beaucoup vu d'images au Museu Soares dos Reis. Le portrait d'une adolescente m'a ému avec son air penché. Cette présence que j'aurais pu toucher, caresser. Des paysages aussi, d'une texture non vue ailleurs. Qui ont recomposé mon regard.

Et puis le Centro português de fotografia enfin ouvert. Cette ancienne prison. Ses barreaux épais. Toutes sortes d'appareils, des plus gros aux plus miniaturisés comme dans les films d'espionnage en passant par les jouets de Fischer Price. La muséographie retient aussi l'ordinaire jetable et c'est bien. Il faut le faire, pour dans dix mille ans comme disait Léo. Une exposition de photos prises par des sans domicile fixe, des homeless, m'a interpellé. La qualité du regard des visiteurs aussi. Du nu, rien d'autre, sans triche.

Enfin, le crépuscule tombant sur le vol lourd des mouettes, je me suis posé à une terrasse de café pendant une heure. Une assiette de frites et deux verres de vin rouge légèrement pétillant. Sept euros le tout c'est donné vu l'abondance. J'ai regardé les gens aller et venir. Ce calme. Cette tendresse, écrivait Pessoa. Alors j'ai pensé à Cristina D*** qui m'offrit l'oeuvre du poète en pléiade parce que je m'étais bien occupé de sa fille la Moméma, laquelle il faudrait inventer si elle n'existait pas. Mais elle s'invente très bien toute seule et c'est tant mieux. Clin d'oeil.

Puis. Puis. Rentrant dans ma froidure avec mon chauffageon, merci Caro pour le néologisme. Une galerie sur le chemin. Galeria Geraldes da Silva, rua Santo Ildefonso. Un vernissage. Les sculptures et céramiques de Rui Paiva sont magnifiques. Je vais en acheter une pour ma compagne : du grès monté sur fer, dépouillé. Qui pourrait me conduire à méditer encore sur la porosité entre matière et essence. Cette question éternelle de la philosophie, de laquelle jamais l'humain ne s'affranchira.
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Et maintenant je vais dormir. Reposer ce qui a été vu, éprouvé. Loin de la vase.

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