lundi 6 mars 2017

Viagem a Porto, 7

Monter / Descendre. Descendre / Monter. Ouille ! mes mollets, mon coeur, mes mollets ! Les sardines montent-elles et descendent-elles sans fatigue les eaux épaisses du Douro coiffé de ses ponts signés Gustave Eiffel ?

Elles sont partout : en cartes postales, en porte-clefs, en azulejos, sur les sacs à main comme sur les sacs à malice, partout vous dis-je, bientôt je verrai des crayons-sardines (pour aller avec les cartes postales), des tire-bouchons-sardines, des montres molles sardines et passons...

Sur le pont Luiz I, je vois une affichette en français : J'EXISTE. Un écho à Alvaro de Campo hétéronyme de Pessoa (personne en portugais), lequel écrivait qu'il n'était rien. A propos de poésie je découvre dans mon anthologie celle de Eugénio de Andrade.

J'écris pour faire de la vieille
lumière des corbeaux
le seuil d'un nouvel été...
*
Parfois on rentre chez soi en traînant
l'automne par un fil,
c'est alors que l'on dort mieux,
que le silence même a fini par se taire.

Et voilà que la pluie s'acharne sur mon paletot qui n'a rien d'idéal. J'achète des cartes postales en noir et blanc, cinquante centimes pièce, et tant pis, un azulejo avec des vers de Pessoa. Un bon filon, s'il savait...
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Puis je me réfugie  à la Taverna au 30 Praça da Ribeira. Une jolie black m'accueille. J'entends parler espagnol, italien... Je prends un café et une tarte au citron (limao) excellente. 

Je regarde passer le téléphérique au-dessus du fleuve. Si si ! Il y a un téléphérique ! J'épie une mouette aux prises avec une poche qui contient des restes de viennoiseries, de portuenseries devrais-je écrire...

Au bout de cinq jours à Porto, quelle impression globale ? Plus de calme qu'à Bordeaux. Plus d'habitants mais moins de monde. Beaucoup de petits vieux seuls et je sens que la lenteur ne leur tient pas bien compagnie. 

Et puis ces bric-à-brac architecturaux. Baroque bariolé de bleu et rococo. Art nouveau. Réalisme industriel des années trente/quarante. Ultra contemporain. Du neuf chevillé à l'ancien, à la ruine même, que l'on rase ou que l'on ravaude, pour faire advenir autre chose qui échappera tout pareil à la rationalité des agencements urbains.

Un peu de soleil vient par ma haute fenêtre. Je ronronne avec Chauffageon. Je consulte, incroyable mais vrai, la météo sur le smartphone que ma compagne et notre fils de coeur m'ont imposé.

Me voilà moderne, moi que ne veux pas l'être de peur d'être dépassé, comme disait Renan, ce grigou réactionnaire mais pénétrant.

C'est tout pour aujourd'hui à moins que. Comment savoir ce qui en moi décide ?

image de Pessoa artandmylife.wordpress.com