lundi 26 juin 2017

Claire Massart, L'aveu des nuits

Résultat de recherche d'images pour "claire massart"Claire Massart a l'intuition du dernier vers qui ouvre le poème au grand large de la terre et du ciel, quand les confins tracent l'improbable ligne des horizons. L'un d'eux me semble contenir L'aveu des nuits tout entier. " Commence alors la précieuse errance : lieu du dénuement."
Toutes sortes d'oiseaux en "pointes fines" ou "blancs dans l'oeil" traversent le chemin des silences. Silence fissuré. Silence empêché. "Silence épais dans la maison". "Silence qui peluche". "Silence en rumeurs, ponctué de scories"... Tant d'autres encore, pour peu que le lecteur s'attarde à les écouter. 
Cette errance qui voudrait oublier jusqu'à l'oubli lui-même, parfois harassante, "habillée de froid et de murmures" laisse deviner la blessure profonde qui cherche à se dépouiller. "Au réveil, ranger les rêves dans une mémoire mate", écrit Claire Massart, pour ne pas [s'écoeurer à triturer les débris enfouis]. Un long travail de patience avec [des mots qui n'aiment pas les mots d'ordre].
La deuxième partie du recueil, après quelques haïkus en intermède, s'intitule Le calendrier oublié. Dans le désordre des mois et de la mémoire "dont on défait les plis", cet ensemble de proses a le ton plus grave, presque désabusé. La colère pourrait poindre et troubler les oiseaux "déroutés".
Ce nouveau livre de Claire Massart, avec ses fragilités d'estampe japonaise, nous touche par son humilité devant le grand chantier du métier de vivre. Je le recommande vivement. Attentifs à sa lecture, vous y trouverez bien d'autres choses encore, qu'une simple chronique ne sait pas dire... (!!!)

Extraits :

Métrer le temps passé
A bâtir le silence à grands points.
Nous voyons à travers la transparence de la peine :
Elle est très semblable à la fumée de cigarette.
Elle en a le parfum, invisible et présent.

Explorer les doublures à la recherche de miettes abandonnées.

Seule notre ombre est tendre.

*

Je compte les courbatures des draps.

*

Ne se souvient-on que des instants où l'on s'est dédoublé ? Les souvenirs sont des ombres portées, mémoire fripée qu'on lisse de la paume, dont on défait les plis. 

*

L'aveu des nuits de Claire Massart est publié aux éditions des Vanneaux. Il coûte quinze euros.

image lestempesdutemps.com (blog de l'auteur)