samedi 9 décembre 2017

On a perdu aussi le chemin des fossés

Résultat de recherche d'images pour "oiseaux en vol"On a perdu aussi le chemin des fossés. Ils ne disent plus rien des enfances croupies. Il faudrait prendre les oiseaux de vitesse, secouer les rires alanguis de nos dix ans autour des margelles où l'ennui gauchissait la lumière. Inventer des idées de voyage dans le miroir de l'eau. Son visage arrêté. Des souvenirs de mantes encore sous l'horizon des coteaux. Leur attente dans l'herbe couchée, des lames au fond des yeux. Comment fuir quand le ciel même se dérobait ? En quel repli de soi découvrir un refuge ? Parfois, dans les contrebas du chemin, une silhouette passait sans me voir et mes gestes restaient coupés. Cette image-là toujours, que mes mots font durer.
Il reste beaucoup à traverser de soi jusqu'au soir, beaucoup à apprivoiser des faux silences.
L'herbe fait des faux plis dans la lumière. L'air couvera bientôt les braises du jour. Mon cœur se serre. Mon sang est une poix, le nuage du sable dans ma bouche. « Tu seras bientôt conscient d'une absence qui grandira près de toi comme un arbre ». L'absence du père disparu en des sables lointains, gorge tranchée. L'absence de la mère au ventre trop fiévreux. Fardeau de l'ormeau mort qu'on n'a pu essoucher, des gestes coupés avant le premier souffle. On y creuse avec des mots sans élan.
On attendra la mort pour grandir.
J'invente dans la marche des mémoires d'avant moi, des ombres penchées sur des silences, des bouches fermées contre des puits.  Un chien jaune y tourne et s'hypnotise. Les mots de ma mère ont trop manqué de gestes. La lumière ne fixe pas les marges du chemin. Aucune mémoire ne m'appartiendra jamais. Les heures vides se sont assourdies. La fatigue n'entend plus ni les feuilles ni l'eau, tous les corps s’égarent dans des traverses.

On reste comme un point sur une ligne sans fuite, on ne cherche aucun lieu sûr

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