dimanche 7 janvier 2018

Rémi Caritey, Les vertiges de la forêt

Résultat de recherche d'images pour "rémi caritey"Enfant, déjà, Rémi Caritey répondait à "l'appel de la forêt" dans ses Vosges natales. Adulte, la magie des arbres est toujours sa compagne. Depuis les racines fouissant les humus jusqu'aux plus hautes branches qu'il explore afin de prélever des graines destinées au reboisement.

Biologiste et botaniste, Rémi Caritey est dans le même temps poète, historien des mythes sylvestres et philosophe proche de l'Américain Thoreau. Ses pérégrinations dans les forêts de France font écho aux lenteurs africaines où murmurent les arbres à palabres. En solitaire ou en groupe très restreint, il escalade aussi bien le fromager que le chêne, écoute le petit peuple des insectes sous l'écorce et le cerf qui brame, recueille les mille et un langages des troncs et des houppiers. Parfois, tout en partageant le vin et les histoires, il "construit un feu" qui ajoute encore au mystère de la création.

Les vertiges de la forêt de Rémi Caritey, introduit par un long exergue de Claude Lévi-Strauss, est un livre ardent dans son humilité même. L'homme n'est qu'un maillon parmi d'autres dans le grand agencement de l'univers. Mais, il faut plus que jamais le rappeler, le plus redoutable des prédateurs. Tel arbre dans la savane peut se défendre si un koudou trop gourmand dévore tous ses fruits. Il ne peut rien en revanche contre les tronçonneuses des multinationales de la filière bois.
Un jour qui sait, n'en pouvant plus des humains, Rémi Caritey imitera l'un de ses héros favoris, le baron perché d'Italo Calvino : il ne descendra plus de son arbre. C'est un bel endroit pour donner des leçons de sciences et de philosophie. Sur la longévité fragile de l'olivier ou du baobab. Sur les frémissements  de la lumière et des ombres éparpillées parmi les branches. Sur le visible et son revers à deviner.

Extrait :

" Un souffle sur les cimes et me voici fourmi rivée à un brin d'herbe. La futaie ondule en balancements lents et décalés. L'arbre exprime ici sa capacité d'abandon aux caprices du vent, et sa confiance ultime dans la force de cohésion du groupe. J'aimerais entendre ce qui se passe au coeur du bois, les frictions micrométriques de chacune des fibres lignifiées dont les chaînes s'étirent et se contractent. Mais à vif, au contact de l'écorce, le message est physique : l'arbre se joue de mon poids. Je me grise de l'ondulation puissante, de la souplesse organique du tronc, comme agrippé au col d'un troll endormi, dodelinant d'un sommeil antique. "

Le lecteur appréciera ici le subtil mélange des notations scientifiques et des envolées poétiques ancrées à la cohorte des siècles. Des souvenirs lui viendront des lectures de Reclus et de Thoreau, accompagnés d'un peu de joie pour accomplir les besognes du jour.

Les vertiges de la forêt, sous-titrés "Petite déclaration d'amour aux mousses, aux fougères et aux arbres" est publié par les éditions Transboréal dans la collection "Petite philosophie du voyage". Il coûte 8 €.

image transboreal.fr