samedi 28 avril 2018

Non, je n'aimerais pas avoir 80 000 euros !

Résultat de recherche d'images pour "argent"Une conversation ordinaire en regardant une émission ordinaire à la télévision. Une émission où des gens chantent et peuvent gagner beaucoup d'argent s'ils n'ont pas oublié les paroles.

Ma compagne me demande : " Et toi, tu aimerais avoir 80 000 euros ? "

Je bafouille un peu, je réfléchis quelques secondes, et je lui dis : " Non, je n'aimerais pas avoir 80 000 euros."

Elle me regarde, a le geste qu'on a tous de porter l'index gauche à l'oeil gauche. Elle ne me croit pas. 

La conversation continue sur le même ton, cependant qu'une jolie étudiante jouit sur le plateau de son quart d'heure de gloire et, précisément, du cap des 80 000 euros de gains qu'elle vient de franchir :

- Et 10 000, tu aimerais ?
- Oui, on rembourserait le crédit des travaux dans la maison et on aurait un petit reliquat pour s'amuser.
- Et 20 000, tu aimerais ?
- Euh ! Oui. On pourrait aller à Rome et pas seulement un week-end. (Reprise de Daho)Tu pourrais aussi faire de la Thalasso à Saint-Jean-de-Luz. C'est bien, Saint-Jean-de-Luz.
- Et 30 000 ?
- Euh ! A quoi bon ? Mais si tu y tiens ! Je fais un effort.
- Et 40 000 ?
- Ben non. Je n'aimerais pas avoir 40 000 euros non plus.

J'entends déjà mes lecteurs murmurer : " Houou ! le menteur ! Tout le monde aimerait avoir cette somme."

Et bien, moi, c'est non ! J'en ferais quoi ? (Reprise de Zaz) Je ne vais pas ici ravauder la question trop usée de l'Etre et de l'Avoir. N'étant pas meilleur que quiconque, je pourrais céder aux petites sirènes de la consommation. Changer la Clio d'occasion pour une Mégane neuve par exemple. Histoire de me dire qu'à bientôt soixante-trois ans, un siège en cuir siérait à mon dargif raplapla. Allez ! Soyons fous ! Je ne cracherais pas sur un voyage dans une grande métropole européenne, hébergé dans un hôtel quatre étoiles où quelques canards génétiquement modifiés à cause de l'odeur, ça fait cossu (Reprise de Belmondo qui n'a jamais chanté), pataugeraient dans un bassin à l'entour de la piscine à jets bouillonnants...

Et après ? Ben... Rin... Quèqu' vous v'lez que j'vous dise ? ! Ma retraite d'instituteur même amputée de 40 euros par Monsieur Macron me suffit. Je n'ai pas besoin de plus. Oh ! c'est vrai, si j'ai une rentrée de quelques biftons supplémentaires, je les mets pas à la poubelle. J'en profite pour donner davantage à nos petits-enfants et j'achète un Pléiade. Sinon, rin de rin (Reprise revue et corrigée d'Edith Piaf) !

En fait, ce qui m'interroge, c'est le " J'AIMERAIS ". Je ne comprends pas, dès lors qu'on a les moyens de vivre sans être trop gêné, qu'on puisse aimer avoir une somme aussi importante. Je ne comprends pas la nature de ce désir-là, attaché à de l'argent. Le pognon, c'est pas forcément cradingue, mais je ne perçois pas l'intérêt que j'aurais à posséder d'un seul coup l'équivalent de trois ans de salaire d'une infirmière. A la vérité, j'ignore comment ce pactole serait bienvenu dans ma réalité (Nouvelle reprise de Zaz), forgée et reforgée tout du long de mon existence, avec ses joies comme avec ses repentirs. Il me faudrait beaucoup d'élan pour m'y projeter, la pécune lesterait par trop mes poches, et je me casserais la chetron dans le sable mouvant des illusions.

Je suis trop âgé pour que ma binette soit retouchée au mercure au chrome. Je n'aimerais pas ça. Vraiment, je n'aimerais pas ça !

" M'enfin ! M'sieur Boudou, qu'aimeriez-vous donc ?", demandent mes lecteurs.

Je pourrais leur rétorquer, (paraphrasant Baudelaire qui n'a pas plus chanté que Belmondo), que [haïssant Dieu autant que l'or], j'ignore à quel saint me vouer pour esquisser une réponse. Et pis, hein, si j'en avais une, de réponse, p't'êt' même que j'arrêterais d'écrire ! Alors là, quel arroi me resterait ? mais c'est une autre question. Dans la grande mare sans canards des questions (Reprise allusive de Georges Brassens) !

En attendant, la jolie étudiante continue de se dandiner. Tiens ! Elle a gagné 10 000 balles de plus. Elle connaît son Céline Dion sur le bout du fi... non, c'est pas sympa pour elle, du doigt. De ce doigt qu'on porte à l'oeil quand on ne croit pas quelque chose.

image franceculture.fr (ça fait cossu itou)