samedi 7 juillet 2018

Rodrigue Lavallé, Décomposition du verbe être

Résultat de recherche d'images pour "rodrigue lavallé, décomposition"Où se situent l'espace et la durée du poème ? Comment l'écriture parvient-elle ou échoue-t-elle à les faire coïncider ? Sur quelle ligne de crête sémantique pour dire l'incertain de l'humaine condition ?
Dans Décomposition du verbe être, Rodrigue Lavallé se livre à un essai de décomposition de soi. "de/dans", "de/hors", et "de/puis". " Le verbe et sa durée c'est tenir tête à la mort", écrit-il presque à l'ouverture de son recueil qui fouille à mains nues les anfractuosités de la langue, à la façon parfois d'un médecin légiste. Le dedans du corps, "concrétion des matières des organes des fluides", met en péril le flux du poème. Le désir aussi se rompt et [l'amour croupit].
Le dehors avec "son horizon dépassé" n'est pas moins trébuchant. La marche a ses vertiges. Elle tâtonne et ne sait dire les signes du visage. Quel visage ? Dans quelle durée et dans quelle perspective si "un jour il fait un jour de moins" ? La mort est là, avec sa bile et sa lie, et ni dehors ni dedans n'y sauraient tenir.
Alors, entrer dans les "des/marches" offrira-t-il au corps et à la langue un nouveau dépli ? Ou faudra-t-il se résoudre, de crues en "des/crues", à demeurer à tout jamais éparpillé, sous un ciel sans miroir au-delà ? Une certitude tout de même. "Tout est à refaire." [Et on se pisse dessus.]
Décomposition du verbe être de Rodrigue Lavallé appartient à la littérature de recherche dans ce qu'elle a de plus exigeant. Jamais rien n'y est vain. Jamais rien n'y surligne outrageusement l'intelligence de l'auteur. L'émotion luit comme une lame. Le lecteur la sent qui fouaille ses chairs.
Bravo !

Extraits :

friche du corps cela
se nomme fièvre
solitude
désir
sans compter quelques morts
sous les doigts

d'une seconde à l'autre
alors découd le ciel
et coule ainsi

mots à mots
visage à nos mains

*

nulle promesse
ni demain
ne rend gorge à
l'absence

ventre ici
brume dedans
ce matin

*

parois serrées d'air ni de ciel
plus de formes connues de miroir au-delà

des yeux collés malades à grands coups de caboche
sur les murs d'est en ouest
débordent leur cours

poings durs d'os à tenir comme sans lumière
qu'il faudra bien nommer
son corps         vide d'elle

déposé loin là-bas dans le fond
d'un couloir en damier

comme si de marcher se faisait
sans savoir

*

L'ouvrage, illustré par Dominique Catin et remarquablement préfacé par Laurine Rousselet, est publié aux éditions Tarmac. (102 pages,14 € et disponible à la commande depuis ce blog.

image Tarmac