mardi 4 décembre 2018

Souvenir de Thierry Metz, Bordeaux, 1995, (2)

Résultat de recherche d'images pour "thierry metz""Mes deux vies sont dans un entretien permanent, me confie Thierry Metz, je ne veux pas les dissocier, je suis à visage découvert."

Poète englué dans la pâte épaisse de la vie, selon l'expression reverdienne, ses mots hurlent sous les coups du marteau et forcent les brèches de la matière, mais le monde est clos depuis longtemps, il n'y a pas de chemin...
Thierry Metz n'en a pas fini de donner des coups de marteau, de se fondre dans l'épuisement.
" Quand je rentre chez moi, c'est la fatigue, je me mets à ma table pendant une demi-heure, mais rien à faire, tout remonte."

Au début du siècle, Pierre Reverdy notait ainsi son désarroi captif de la douleur, dans sa "chambre close" :
" De mes ongles j'ai griffé la paroi, et, morceau à morceau, j'ai fait un trou dans le mur de droite. C'était une fenêtre."

Y a-t-il des fenêtres dans l'univers de Thierry Metz ? A-t-il saigné pour les ouvrir ? Sont-elles aveugles comme celles de Reverdy ?
Dans Lettres à la bien-aimée, il écrit : "Etre où le mot est une chambre. Où peut-on imaginer que je sois avec mes mains de maçon ? Là. Précis comme l'allège d'un mur. Mais toujours dans la chambre où chaque soir je t'allume un petit cahier avec des yeux de merle."
Comment répondre alors ?

"Je ne suis qu'un abord, sans appui", confesse encore Thierry Metz. Il est peut-être lui-même une fenêtre dont il aurait perdu les contours, une fenêtre par laquelle il ne cesserait de tomber, avec "un peu de terre dans la voix. Pour s'y coucher". A moins que, ouverte sur la nue où signent les oiseaux, elle ne soit une offrande au ciel, le poète tendant la main !

Comment savoir ?

Lorsque nous nous sommes quittés, j'ai demandé à Thierry Metz s'il accepterait de répondre par écrit à des questions, pour la revue. Il a dit oui. En attendant de le retrouver, je lui cède encore la parole. Ce texte est extrait de son dernier livre, Dans les branches, publié par Didier Schillinger aux éditions Opales.

Dérisoire pourtant grave
ce qu'est un pas
au petit jour
et de le ramener.

image ladepeche.fr