dimanche 3 mars 2013

Dans la durée des oiseaux #7

 Une photo à l'orée d'une clairière dans la présence du noir. Des hommes et des femmes pour étancher la soif du poème. Comment cette image est-elle revenue nous chercher ? Au détour de quels mots s'est-elle invitée à notre table ? Le souvenir apporte à tes lèvres un peu de joie. Ces visages ensemble sont une caresse. Tu sens monter en toi la paix du sang. Demain, d'autres images viendront. Avec leur couteau.


C'était demain. Ton corps dans l'étau de cette incantation. Une heure ancienne te revient, qui préfigure ta fin. La mémoire dormante réveille des mots que tu croyais partis. Pont et bateau. Chemins de fer. Terrils et jardins. Ciel noir. Un long rire tremblant creuse encore ta fatigue. Epingle à ton sang des veines rompues. C'était demain. Ce sera hier. Le temps brouillé des souvenirs et comment marcher avec si le chemin nous dérobe.

Les grands yeux noirs dans la ville morte ont défait mon visage et ma voix. Je ne les cherche plus sous mes paupières. J'efface autour d'eux la porcelaine du thé et les fenêtres couchées à la brume. Le souvenir dépose encore au fond du souvenir un peu de sel aussitôt disparu. Comment oublier ce qui n'a pas eu lieu ?