Ah ! que les anthologies vieillissent mal ! Je retrouve celle de Bernard Delvaille, intitulée La nouvelle poésie française, deuxième édition en 1974, et, comment dire, j'ai l'impression de me balader dans un cimetière. Alors je butine parmi les 98 auteurs répertoriés, la plupart oubliés depuis longtemps. La poésie, y compris la mienne, est un limon souillé dans un marais dont les remugles empestent. Alors, je me contente de déposer ici quelques bribes.
On s'invente des filles en papier
Le soir au bord du vide
Pour le combler (Richard Belfer)
*
souvent je crois que j'irai plus loin
par exemple jusqu'aux origines
le vivre est antérieur à la parole
l'être au faire et au paraître
oui je sais que j'irai beaucoup plus loin
par exemple jusqu'au
silence (Daniel Biga)
*
J'avancerai plus loin que les gares, aux abords des cimetières et des champs labourés,
Et quand j'aurai dépassé les rameurs, je ferai lever des champs de longues rangées de jeunes filles, bleues comme des parapluies. (Michel Cahour)
*
une fenêtre serrant le jour
et le geste impossible d'ouvrir
horizons
forte odeur d'hier
une lèpre à mourir
grésille en votre lassitude (Christian Da Silva)
*
Je fais les trottoirs de la ville
à la recherche d'un mâle
pour ne pas coucher seule ce soir
la retape sur le quai du canal
où les réverbères font des lueurs si tristes (Jacques Donguy)
*
Un soir de trains qui se jettent à poings fermés dans la nuit
Un soir de sang sur les vitres
Et de main qui cherche son appui sur les lampes
Quand les rêves ne s'accordent plus
Que dans les visages complices de la pluie (Georges Drano)

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