De Cioran, bien sûr, il y a ses syllogismes amers et ses inconvénients d'être né. Et je retrouve Ébauches de vertige. Cette porte ouverte au doute fondamental de demeurer vivant, aux arrangements qu'on bricole avec le désespoir et le divin tantôt présent tantôt absent. J'en retiens surtout l'humour, parfois presque féroce devant le dérisoire. En ces vastes assombries que notre siècle déjà vieux traverse, cet humour-là entretient l'illusion de la survie. À laquelle nous nous accrochons, futiles anatifes crispés sur notre rocher sans substance.
"Je n'ai l'impression d'être efficace, d'être dans le coup, de faire quelque chose de positif, que lorsque je m'allonge pour me livrer à une interrogation sans fin et sans objet."
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"La plus grande des folies est de croire que nous marchons sur du solide. Dès que l'histoire se signale, nous nous persuadons du contraire. Nos pas paraissent adhérer au sol, et nous découvrons brusquement qu'il n'y a rien qui ressemble au sol, qu'il n'y a rien non plus qui ressemble à des pas."
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"Éternité : je me demande comment, sans en perdre la raison, j'ai pu articuler tant de fois ce mot."
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"De tout ce qui est apparenté au "psychique", rien ne relève autant de la physiologie que le cafard, actif dans les tissus, dans le sang, dans les os, dans n'importe quel organe pris isolément. Si on le laissait faire, il démolirait jusqu'aux ongles."
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"Seule une fleur qui tombe est une fleur totale, a dit un Japonais. On est tenté d'en dire autant d'une civilisation."
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"On est et on demeure esclave aussi longtemps que l'on n'est pas guéri de la manie d'espérer."
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"Ne jamais perdre de vue que la plèbe regretta Néron. C'est ce qu'on devrait se rappeler toutes les fois qu'on est tenté par quelque chimère que ce soit."





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