Quand tombent en novembre les grands prix littéraires (fichtre ! un alexandrin), c'est toujours la même antienne. Les atrabilaires (ah ! pauvre rimaille), ont le foie comme une éponge. Ce sont toujours les mêmes éditeurs qui raflent la mise du businesse plan. Pas faux, pour sûr ! Mais c'est la vérité depuis tellement longtemps qu'il vaut mieux tourner la page, changer de paysage comme chantait Nougarotule. Personnellement, je n'ai jamais choisi un roman parce qu'il avait décroché une timbale. Soit je suis un folohoueure de l'auteur, soit, errant dans les travées d'une librairie, je hume, je renifle. Les livres ont des aisselles et quand elles ne sentent pas trop la rose, j'y attarde mon nez. De même, mes yeux ne sont pas prisonniers de l'estampille en première de couverture, à part celle de Minuit, je le confesse. Je me moque bien que l'éditeur soit replet ou étique, qu'il ait table ouverte ou pas chez monsieur Traquenard. Je continue à errer jusqu'à ne plus m'appartenir et c'est comme ça que j'ai découvert il y a plus de trente ans Thierry Metz, Hubert Mingarelli et Michèle Desbordes, Christian Gailly... Mais revenons à ces fichus prix. Connaissez-vous Pascale Roze, Goncourt 1996 ? Connaissez-vous Michel Host, Goncourt 1986 ? Non ! Eh ben moi non plus. Z'ont eu tous les deux leur quart d'heure de gloire et hop ! retour au limon ! Et c'est pareil pour les Nobel. Qui c'est qui lit Anatole France ou Roger Martin du Gard de nos jours ? Qui c'est qui les a lus parmi les littéreux de ma génération ? Retour au limon itou les gredins !
Alors, chers auteurs atrabilaires, épargnez votre foie qui jaunit votre teint et génère en votre entendement des thrombus ! Ne haïssez point les libraires qui font ce qu'ils peuvent sous l'avalanche des parutions. Ne tirez pas sur les malheureux chroniqueurs du Monde ou de Télérama. Vous n'aurez jamais votre quart d'heure de gloire mais peut-être que la grande roue voilée du hasard vous accordera quatre secondes qui vous griseront quatre minutes. J'ai moi-même vécu ces quatre minutes-là. Puis je suis allé boire un coup avec des poteaux et des potesses. Peut-être même que chemin faisant vers l'estaminet, mon anus a largué quelques perles aussitôt envolées. La vie quoi ! Avec des rires et des sottises. Que serais-je sans mes rires et mes sottises ? Du limon avant l'heure probablement. Ben, benoîtement, je vous le dis tout de go : je ne suis pas pressé, pas encore. Il me reste deux ou trois personnes à aimer. C'est un bon viatique, contre le limon.
image : les trois loustics de Brigitte Giraud, moi étant le quatrième.
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