jeudi 22 octobre 2020

Edith Masson, Ani (inédit)

 Ani est une ancienne cité arménienne dans l'est de l'actuelle Turquie. Fondée en 964, elle devient une mégapole de plus de cent mille habitants, surnommée "la ville aux quarante portes, aux cent palais et aux mille églises". De nombreuses invasions (Turcs, Kurdes, Géorgiens, Mongols) en ont fait un champ de ruines...

Alors que l'Arménie subit de nouveau les attaques de l'Azerbaïdjan, le recueil inédit d'Edith Masson qui s'est rendue sur le site archéologique résonne plus gravement dans l'imaginaire du lecteur.


Extraits :


route ci-devant

nue parmi les sols déroulés

nous suivons la nuque du chauffeur

poussée droit dans le col repassé

de part et d'autre rien puis en un creux

l'aisselle d'un village où dans la fenêtre

un thé fume en l'azur impeccable

la femme qui boit déplie sa jambe gourde

regarde la corde qui danse

oubliée au cou du cheval

l'aile d'une oie s'épuisant à voler

*

on ne voit longtemps que plaine puis le mur

guérite et costume

réglementaires où sue le guichetier laissant là sa patience

nous suivons son doigt portant l'oeil aux premiers cailloux

monceaux d'église mosquée ville évanouie

pénétrons en ces lieux

embrasés d'un songe

*

éradication des ponts ville tranchée la stupeur d'un ravin

autrefois y passaient les denrées féroce excroissance des mulets

d'un secret pays monte un bruit quel enfant l'égosille

l'oeil doré à l'ombre d'église où les mères infusent

sous le pieds roulent des formes épuisées

nous cherchons le travail ici d'un pas là d'une main

l'appui d'un mur

*

nous cherchons le reste à rêver

levant le pied aux protubérances

ployant au seuil de nuages ombrant

écoutons dans le noeud des chiendents

mourir la très vive où roulaient bêtes et gens

fruits fromages choses bousculées à mains multiples

murmures cris dans les voiles

pieds argileux poursuivant prestes à midi

le parfum des pains

ici mourut Ani de faim d'hommes

pierres lasses roulant au sol

fruits dans l'herbe vorace


J'espère vivement que ce recueil trouvera un éditeur car le phrasé d'Edith Masson qui bouscule les lignes et la musique me séduit tout particulièrement.

Je dédie ces vers au dudukiste Zhirayr Markaryan, à sa famille qui est la nôtre et à la communauté arménienne de France.







vendredi 9 octobre 2020

Tristan Felix, Laissés pour contes

 Pendant douze ans, de 2003 à 2015, Tristan Felix a arpenté les non lieux fiévreux de Paris où se terre la misère du monde. Couloirs du métro, dessous d'escaliers, abribus, bouches d'aération, cartons souterrains, squares, anfractuosités diverses.


Dans Laissés pour contes, Journal des douleurs, l'auteure ouvre sans apitoiement ses yeux et sa langue à la débâcle des corps et des âmes. Des Roumains, des Tchétchènes, des Tamouls, des Ouïghours, des Kabyles, tant d'autres encore, disséminés dans la ville Lumière borgne, déchets rejetés par l'épouvante des guerres augmentée d'horreur économique. Ils sont visibles jusque dans l'absence quand le regard ne se défausse pas. Le théâtre des ombres sans contours marque aussi sûrement l'espace que les ors des joailliers de la place Vendôme et c'est une double obscénité qui cueille le lecteur à l'estomac. 

Les laissés-pour-compte deviennent sans qu'on s'en aperçoive des laissés-pour-conte. Réduits à des tas de chair outragée, toute histoire leur est déniée. Ils sont les neg-humains* dont le journal des douleurs est intenable, qu'on [ramasse chaque nuit pour une désinfection].

Egalement performeuse, Tristan Felix nous offre des textes à dire, férocement lucides et parfois teintées d'onirisme grimaçant. " Ces dix-huit poèmes en prose n'ont de vertu que s'ils sont interprétés, comme une partition qui fait revivre ou éclore les notes, ici, les laissés pour contes. Car la langue est un organisme vivant qui s'arc-boute contre la mort."

Extraits :

L'homme est en chantier, tout à son labyrinthe. Il s'esquinte, il s'éreinte. Il se heurte et se fait peur. Il sue. Il n'a d'autre issue que lui. Il se hisse et vacille, tente chaque pas qui l'accule en son centre. Son nom se cogne aux angles de son squelette. Il fore en sous-sol pour y pondre ses oeufs cabossés. Il accouche de ses propres clous.

*

Elle est noire posée en équerre sur un carton épais, le dos contre un vent coulis qui remonte d'un escalier souterrain. Ses jambes encore neuves n'ont pas de croûtes mais des taches plus sombres, comme du marc. Entre les ailes de son boubou, sa main potelée berce un godet de café ; les yeux déjà sont détachés de leur raison de voir. Il faudrait lui rendre ou lui offrir cette image d'elle quand il n'y aurait rien d'autre qui la réchauffât."

Laissés pour contes, Journal des douleurs de Tristan Felix est publié aux éditions Tarmac avec en couverture le portrait d'une créature à trois narines surgie des hantises profondes. Il coûte 12 €.

* expression de Robert Redeker

vendredi 2 octobre 2020

Thomas Chapelon & Werner Stemans, L'homme est un ensemble



 L'homme est un ensemble
de Thomas Chapelon et Werner Stemans relève autant de l'essai philosophique que d'une suite poétique aux vers très ajourés.

La question posée taraude l'humain depuis ses commencements. Qu'est-ce que l'être ? Comment le définir dans l'espace et la durée ? Par quels signes liés ou non à quels symboles pour engendrer du sens ?

Thomas Chapelon dans l'écriture et Werner Stemans avec le dessin recourent à une géométrie dont les agencements brouillent les contours du sujet. Qu'est-il au juste ? Intérieur ou extérieur ? Si "la surface contient le vide", il n'y a pas de démarcation entre la bactérie inaugurale et l'esprit qui [déplace le visage].

La fonction du langage puis de la langue, dans les silences entre les mots et à l'intersection des courbes, peut-elle conduire à des éléments narratifs ? En quels écarts iront-ils se loger quand le monde enchevêtré n'en finit pas de se fabriquer ?

Thomas Chapelon pose la question à Werner Stemans : "Quel langage Werner ? Quel langage ?" Avec cette impuissance assumée qu'il transforme en volonté : "Je ne peux pas ne pas." Mais quoi ?

Quelques bribes d'histoire finissent cependant par venir au jour malgré les empêchements de la langue, de l'incurable retard des mots théorisé par Alain Jouffroy.

L'histoire allemande de Werner. A la faveur "des signes ouverts". "Et le sujet / Présent assure la continuité / Du trajet narratif." Werner enfant donna un livre à un prisonnier "égaré dans l'Allemagne adverse". Un livre dont les mots étaient un soin. 

Adulte, sachant que "le neutre est un élément vital de la carbonisation", et voilà bien l'apparence d'un paradoxe, sa réflexion prend un tour politique. Comment construire un refus et lequel exactement quand ni les sensations ni les émotions ne sont sûres ? L'action est cependant possible car des certitudes existent tout de même. "Un arbre / Est un arbre / Définissez-le en mouvements", écrit Thomas Chapelon. La tautologie, dans sa capture du réel dont elle reconnaît implicitement les invariants, peut conduire à une forme du vrai. Et qu'importent les "messages contradictoires" dont on ne sait jamais s'ils sont dits ou traduits ! 

De toute façon, il y a un "cadre définitif " à toutes ces énigmes de l'être, le lecteur le sait bien, et d'autres inconnus ambigus se dessinent, quelque soit l'autre en soi, que sa parole soit dite ou bien traduite.

Extrait :

Zones inhabitées,

           Sans figuration.

C'est comme

           Des continents écrasés,

C'est comme

           Une ombre de continents écrasés,

Une impression de continents écrasés,

Sur la surface

Solide des sphères devenues,

Plans de mouvements,

            Internes.

Nous pouvons contourner

La ligne séparée.

Nous savons qu'elle appartient au corps.

Nous savons.

Nous contournons.

Elle appartient au corps.


L'époque improbable que nous vivons, avec ses temporalités floues et ses perspectives au trait de plus en plus indécis, résonne étrangement à la lecture de L'homme est un ensemble de Thomas Chapelon et Werner Stemans.

L'ouvrage est publié par Double Vue éditeur et constitue la douzième livraison des Cahiers d'artistes Voleur de feu. Il coûte 25 €.


mercredi 30 septembre 2020

Philippe Mathy, Etreintes mystérieuses


 Dans son recueil Etreintes mystérieuses, Philippe Mathy prévient le lecteur avec quelques vers de Jaroslav Seifert : " La gloire de la ville ne m'en a jamais imposé... j'aime les étoiles, les forêts, les sources, les prés et les fleurs..."

Philippe Mathy arpente la nature dans tous ses états en toute saison. Il y cherche la clarté plutôt que l'obscurité, le mot "lumière" apparaît seize fois au cours du texte, et quête la joie de l'instant présent qui mène à l'espérance voire au bonheur. L'étonnement y préside au hasard des petits riens. Il ne s'agit pas cependant d'une poésie des béatitudes niaises comme il en ruisselle sous la plume de certaines vedettes de la psychologie positive. L'ombre, même tenue à distance par la volonté, n'en est pas moins présente, mais "frêle" et teintée de clartés. [La solitude n'est qu'un murmure] dans "nos vies si petites".

Au jeu du compagnonnage littéraire, j'ai souvent pensé à Jean-Yves Vallat en lisant Philippe Mathy. Il n'y a pas si loin des berges de l'Ardèche à celles de la Loire. "Entre deux feuilles / la percée de l'automne / mais la sève de septembre / pour faire fleurir un pommier", écrit Jean-Yves Vallat dans son livre Endurance du Météore. En écho, les mots de Philippe Mathy : "Soleil d'octobre sur les dernières pommes... Ce verger, carré d'herbe ou serré contre la brume, je goûte à toutes les branches du présent."

Et ces échos, qui oscillent dans un mouvement pendulaire entre aujourd'hui et demain, entre inquiétude et sérénité, se retrouvent dans la deuxième partie du recueil de Philippe Mathy, intitulée Au bord de l'encre.L'auteur y dévoile un pan de son art poétique. "Etre un guetteur sans but. En attente de rien...", écrit-il. Puis cette dernière notation : "Poètes, nous sommes des passeurs qui ignorons où émerge l'autre rive." Le présent est une permanence jusque dans l'affirmation de l'écriture. En miroir, Jean-Yves Vallat observe dans Vers le silence : "La poésie articule entre nous et le monde une phrase subite dont le pollen féconde ce que nous n'avons pas encore atteint." Le futur est un surgissement qui reste en perspective.


Extraits de Philippe Mathy


Dans la trouée d'un temps qui peine à passer, un infini se profile, consent à l'obscur, l'étend plus loin que le jour. Ombre frêle, buée sur un regard, comme lorsque la fatigue offre au corps que l'on caresse le chemin d'une chaleur où s'abriter.

En chacun de nous la neige, la pluie, les tempêtes, sous les yeux clos d'un ciel qui se refuse. Jours de brume, nuit d'étoiles timides entre les silhouettes sombres des nuages. La tête entre les mains, je regarde par la fenêtre. Rares sont les chemins qui conduisent au feu d'un soleil. L'espérance pourtant, toute menue, discrète, comme si elle s'excusait d'être présente.

Parfois, on frappe à la porte si doucement que c'est presque inaudible. Ce n'est peut-être que le vent, une fleur, un souvenir, un chien errant, un oiseau égaré... Avoir l'intelligence d'aller ouvrir.


Lisez et relisez sans réserve les proses poétiques de Philippe Mathy, si sensibles à l'attention portée à toute chose en ce monde, afin de "respirer un souffle de paix".

Etreintes mystérieuses de Philippe Mathy, auteur d'une oeuvre abondante remarquée notamment par Jean-Marie-Gustave Le Clézio, est publié aux éditions L'ail des ours dont c'est la cinquième livraison. Il est illustré par Sabine Lavaux-Michaëlis. Il coûte 6 €.

Site de l'éditeur : https://www.editions-aildesours.com

mercredi 26 août 2020

Laurine Roux, Le Sanctuaire


 Parfois, les livres continuent de chuchoter à l'oreille du lecteur après qu'ils ont été lus. C'est le cas du deuxième roman de Laurine Roux, le Sanctuaire. Il chuchote et s'insinue, mais où ? Plus encore, il fredonne : "Mon amour, mon cabri". Et la ritournelle, comme toutes les ritournelles, cherche un lieu sûr dans l'imaginaire si tant est qu'il puisse s'en trouver un.
Rappelons que par analogie un sanctuaire est un endroit protégé des menaces extérieures où il fait bon se réfugier. Ce n'est pas du tout le cas de celui de Laurine Roux. Et les "Gloria" lancés à la face du ciel n'y changeront rien. La montagne qui accueille en son flanc June, Gemma et leurs parents est dangereuse. Armé de son lance-flammes dont il vérifie régulièrement la capacité opérationnelle, le père organise la défense du refuge comme un chef de commando. L'ennemi, tapi dans le corps des oiseaux, n'a épargné personne sur la planète. Mais il y a des survivants, probablement retournés à l'état de barbarie. Peut-être même à côté, terrés dans les galeries de la mine de sel abandonnée. Le moment venu, il faudra savoir se défendre. Le fusil trouvé par le père dans une maison dont le propriétaire est momifié ne sera pas de trop.
Et Gemma, la très énigmatique Gemma physiquement attirée par la mine n'a pas sa pareille au tir à l'arc. Elle pourrait abattre un aigle au coeur des nuages. Elle pourrait le dépecer encore vivant car "elle est plus forte que la peur". 
Sauf que... "Mon amour, mon cabri"... ou "Hippie Hippo Pop" ! Arghh ! Même entonnées en canon par les deux soeurs, celle qui a connu le monde d'avant et celle qui est née dans celui d'après, les antiennes ne peuvent rien contre l'ennemi des ennemis. Le lecteur, lentement sidéré, comprendra d'où il vient et de quoi il se nourrit. Mais peut-être qu'il sera trop tard. Ou pas. Qu'y a-t-il de l'autre côté de la montagne ? "Mon amour, mon cabri"...

Dans l'actuel contexte de crise sanitaire mondiale, le roman de Laurine Roux suscitera une émotion d'autant plus profonde qu'il est magnifique tout du long même s'il est court. Brève et concise, jouant habilement des vitesses de l'écriture pour faire monter la tension, la prose de cette auteure déjà experte (lire Une immense sensation de calme aux éditions du Sonneur, prix SGDL Révélation et disponible en Folio) n'empêche pas la poésie d'affleurer entre les mots. Ni la dramaturgie, crescendo crescendo, de prendre à la gorge. Le lecteur, cet ingrat jamais repu, trépigne déjà d'impatience. Il ne doute pas que Laurine Roux sera au rendez-vous d'une troisième livraison, aussi haletante et vertigineuse que le Sanctuaire.

Extrait :

Un aigle plane au-dessus de nos têtes, il fend l'air de ses rémiges grises, presque métalliques. La symétrie parfaite de ses ailes, leur étau absorbent mon regard. J'ai peur, terriblement, à en réduire mes os en poudre : la mort danse au-dessus de nos têtes. Plus l'oiseau resserre ses cercles, plus mes yeux s'y aimantent. Papa m'administre un coup sur la nuque. Je manque tomber en avant. Il faut tuer le rapace. Maintenant ! Sonnée, j'arme l'arc, vise.
Armer, viser, tuer : voilà ce pour quoi je suis programmée.

le Sanctuaire de Laurine Roux est publié aux éditions du Sonneur et coûte seize euros.

vendredi 21 août 2020

Sawako Ariyoshi, Les dames de Kimoto

 En 1897, Hana a vingt ans. D'une grande beauté et d'un niveau de culture très élevé pour les femmes de l'époque, elle se plie au mariage arrangé par son père et sa grand-mère. Elle descend le fleuve Ki, cloîtrée dans son palanquin orné de poudre d'or. D'autres embarcations suivent avec les proches, les serviteurs en livrée et la dot, qui fait l'admiration des riverains lors des escales. Hana entre dans la famille des Matani et découvre son mari... Keisaku, propriétaire terrien, nourrit des ambitions politiques et entretient à peine secrètement quelques geishas. C'est l'usage. Hana ne s'en plaint pas. Elle se soumet de bonne grâce aux usages de sa nouvelle maison et tolère comme elle peut le frère de son mari, intellectuel ambigu et souvent acariâtre. Cependant, le devoir de l'enfantement accompli, un fils est né, porteur des plus nobles espoirs, Hana prend peu à peu un ascendant discret sur la carrière de son époux...


En 1903, naît Fumio. Ses pleurs et ses cris, d'une ra

e violence, annoncent une personnalité hors du commun. A l'école secondaire, ses tenues excentriques suscitent la réprobation d'autant qu'elle adopte des attitudes de garçon manqué, allant même jusqu'à faire de la bicyclette. Si au moins elle ne revendiquait pas des opinions politiques sulfureuses ! Elle n'a que le mot démocratie à la bouche. Et ses disputes avec Hana sont très âpres quand elle refuse de jouer du koto qui incarne la tradition honnie. Etudiante à Tokyo, elle participe avec ardeur à une revue littéraire qui milite pour les droits des femmes. Comme, notamment, celui de pouvoir choisir son mari. Fumio épouse Eiji Harumi en 1925. Le couple, fasciné par la modernité occidentale et le cinéma américain, part vivre à l'étranger.

Après avoir donné naissance à deux fils dont un mort en bas âge, Fumio accouche d'Hanako en 1931, par temps de neige. Ayant vécu de nombreuses années à New York, la jeune fille ne connaît rien de la culture traditionnelle de son pays quand elle rentre au Japon. Intellectuellement précoce, elle écoute avec la plus grande attention les récits de sa grand-mère. Puis la guerre arrive. Hanako participe à l'effort de la patrie en cousant à la chaîne des cols sur des uniformes. Le déclin s'annonce. Les propriétaires terriens perdent la plupart de leurs biens fonciers. La nourriture même vient à manquer. La mort emporte des êtres chers. L'avenir sera-t-il moderne ? Ou bien...

Sawako Ariyoshi, (1931-1984), a été qualifiée par la presse française de Simone de Beauvoir du Japon. Son roman, Les dames de Kimoto, autant sociologique que psychologique, avec ses violences feutrées (ou pas), est une oeuvre remarquable.

Disponible en folio

dimanche 16 août 2020

Cinq cents articles publiés au milieu du gué, fin

 Que dire d'autre ? Je ne sais pas. Des étonnements parfois, quand, par exemple, je constate qu'un article vieux de cinq ans a été vu et peut-être lu. Et, aussi, quelques attachements particuliers voire amicaux avec Salah Al Hamdani, Christophe Sanchez ou encore la jeune Céline Escouteloup. Enfin, récemment, mon travail d'écriture sur les images de Cédric Merland qui sera publié courant 2021 par Recours Au Poème. Voilà. C'est tout. La fin de liste qui suit n'est pas exhaustive bien entendu. 

- Michel Bourçon, Ce peu de soi, 29 avril 2018, 308 vues

- Jakuta Alikavazovic, L'avancée de la nuit, 15 mai 2018, 383 vues

- Jean Giono, Le grand troupeau, 30 septembre 2018, 386 vues

- Estelle Fenzi, Poèmes western, 12 novembre, 2018, 383 vues

- Laure Gauthier, Je neige (entre les mots de Villon), 5 décembre 2018, 491 vues

- Amos Oz, Judas, 26 février 2019, 253 vues

- Emmanuel Echivard, Avec l'ombre, 27 août 2019, 281 vues

- Jindra Kratochvil, Toutes mes pensées ne sont pas des flèches, 29 septembre 2019, 292 vues

- Valeria Luiselli, Archives des enfants perdus, 27 février 2020, 165 vues

- Adeline Baldacchino, De l'étoffe dont sont tissés les nuages, 13 mars 2020, 239 vues


photo 1, plage de Vielle dans les Landes

photo 2, collage de Brigitte Giraud sur la saint-Didier

jeudi 13 août 2020

Cinq cents articles publiés au milieu du gué, 1

 Cinq cents est un nombre tout bon tout rond pour faire un bilan tout pimpant tout réjouissant.

J'ai créé mon blog le 5 octobre 2011 avec un topo sur mon recueil Battre le corps. L'article a été vu 37 fois.

Très vite, je me suis lancé dans la chronique de livres. Des romans bien sûr, des recueils de poèmes évidemment, mais aussi des essais en sociologie, anthropologie, histoire et philosophie. (Corbin, Augé, Rödel, Filiu, Pline le jeune...)  Dans le domaine littéraire, je n'ai pas oublié les revues, si indispensables à la circulation des mots. (Phaéton, Le Festival Permanent des Mots, La Piscine, Métèque, Voleur de feu, Rebelle, Vol)

N'étant pas meilleur que n'importe qui d'autre, j'ai aussi publié quelques-uns de mes textes dont les poèmes que j'ai écrits en espagnol (Poemas pobres y algo màs), des récits de voyage (à Porto et à Angoulême) et des morceaux de romans ou de récits dont Merci maman de m'avoir abandonné.

Avec le temps, mon intérêt pour le blog s'est émoussé. Et je suis un fainéant incurable. Une chronique me demande au moins deux heures de travail après une lecture attentive de l'ouvrage, accompagnée de relectures partielles. Alors, le titre de cet article est peut-être inexact. Irai-je jusqu'à mille articles ? Rien n'est moins sûr. 

Je reste cependant heureux d'avoir évoqué ici toutes sortes de livres d'auteurs connus ou inconnus, voire oubliés. Voici quelques rappels :

- Perrine Le Querrec, Le Plancher, 9 mai 2013, 224 vues

- Hélène Révay, L'écaille de la nuit, 2 mai 2015, 661 vues

- Thomas Vinau, Bleu de travail, 10 septembre 2015, 253 vues

- Béatrice Mauri, Iench, 7 mars 2016, 212 vues

- Maurice Pons, Les saisons, 2 mai 2016, 541 vues

- Patrick Rödel, Michel Serres, la sage femme du monde, 16 juin 2016, 685 vues

- Rick Bass, Toute la terre qui nous possède, 10 juillet 2016, 984 vues

- Christophe Sanchez, Morning à la fenêtre, 14 septembre 2016, 1300 vues

-Brigitte Giraud, Passage au bleu, 15 septembre 2016, 1234 vues

- Alain Corbin, Histoire du silence, 25 septembre 2016, 1112 vues

- Edith Masson, Des carpes et des muets, 20 octobre 2016, 1175 vues

- Frédérique Germanaud, Quatre-vingt-dix motifs, 24 juin 2017, 158 vues

- Leo Perutz, La troisième balle, 27 juillet 2017, 60 vues

- Friedo Lampe, Orage de septembre, 11 août 2017, 125 vues

Il semble que l'année 2016 ait été faste pour le fréquentation du blog. Des Chinois, allez savoir, se seront intéressés à ma production, domaine où ils excellent c'est bien connu.

La suite demain ou après-demain...

Photo personnelle


vendredi 29 mai 2020

Cédric Merland, Les arbres écrivent aussi (après)

La route est le dernier vestige à faire corps avec le paysage depuis que les humains ont disparu. Quand le ciel a retrouvé ses couleurs à la suite d'une tempête magnétique, les arbres se sont repliés de l'autre côté du monde. Les animaux les ont suivis. Une longue procession par voie de terre, d'eau et de nuages. Silencieuse. Obstinée. Puis le béton des enceintes et des tours s'est effondré en un souffle, comme s'il n'avait jamais été qu'un trompe l'oeil. Quelques ombres sans objet témoignent encore de la vie qui clopinait là. Presque absente déjà sous les allèges affaissées. Dans les brisures aux angles de fuite. Les rêves grandissent mieux dans les espaces contraints où le noir persiste. Le promeneur n'est pas parti avec les animaux de l'autre côté du monde. Le ciel y est rouge comme s'il saignait et tombe trop bas sur les ramures. Un grésil crevassé étouffe la surface des rivières et des lacs. Le promeneur pense à un corps qu'on aurait battu à mort. Et frissonne. Le refuge de pénombre qu'il a creusé dans le sable ne durera pas. L'étayage des lauzes contre les parois craque déjà. Il devra s'en aller. Quitter ce séjour où il pensait pouvoir accomplir sa solitude. Plus au nord, les ocres semblent plus tendres. Des nuances vert sombre laissent deviner des présences qui résistent aux travers de la lumière. Quand le noir et le blanc reviendront ajuster le jour à la nuit, des herbes rases se lèveront avec le vent. Des remuements parmi les lichens et le long des hampes annonceront de nouvelles naissances. Le promeneur n'a aucune idée de ce qu'elles seront. Quels signes adresseront-elles à son regard ? A sa patience dans l'épreuve des durées ? Il faudra marcher longtemps encore. Traverser de vraies coulisses et de faux décors. Ecouter les silences entre les bruits. C'est là que se trame la possibilité du réel. Une construction de formes changeantes. Les arbres le savent bien. Quand la route aura elle aussi disparu et que les couleurs se seront de nouveau effacées, ils reprendront le fil de leur écriture. Sous la terre et sous les étoiles. Dans la mire du noir et du blanc.

samedi 23 mai 2020

Cédric Merland, Les arbres écrivent aussi (avant)

Les grains du sable et les grains du ciel. L'accord des ocres et des bleus. Dans le premier silence du monde. Parfois, au pli d'un contrefort, le vent exhume des restes indéfinis. Les fragments rassemblés dessinent des empreintes qui ne témoignent de rien. L'image ne dure pas. Ne peut pas durer sans mémoire. Des animaux pourtant ont passé comme passent les nuages. Des meutes. Des hardes. Des envolées. Ou des processions ténues de petits peuples. Chassées par les orages des confins et le fracas monté de la chair. Vers la mort qui n'avait pas encore de nom. Rien n'était désigné du visible et de l'invisible. Aucun regard ne faisait la part de l'eau et du feu qui régnaient sur les choses. Puis. Mais dans quel temps ? Quelle durée à même de dissoudre le flou des illusions ? Des humains sont venus. Ont découvert le paysage sous le silence. Ajusté leurs gestes aux courbes des étendues. Le ciel et la terre se sont apaisés. Des ocres plus profonds ont tracé des lignes nouvelles, inventé de nouvelles correspondances avec le passage des bleus. Bientôt, des rehauts de rouge feraient corps avec les veines blanches de l'horizon. Et le regard enfin trouverait sa juste mesure. Entre les remuements du sable et l'énigme des étoiles. Mais les humains s'inquiétaient des longues fatigues qui suintaient dans leur sommeil. Rêver ne les tenait plus debout. Trop de sang avait coulé pendant le voyage, parfois jusqu'à la dernière goutte en emportant les viscères. On ignorait pourquoi. Aucune blessure préalable. Aucune douleur. Les rescapés avaient chargé sur leur épaules ce qui restait de peaux et d'os et le voyage s'était poursuivi tant bien que mal. Avec les mêmes paroles économes, à bas bruit contre le charivari universel. Celui-là même qui, désormais. Insidieux dans la mélancolie. Les rêves pesaient de plus en plus lourd. Les gestes s'étrécissaient. Les grains du sable et les grains du ciel oxydaient la pensée élémentaire. On ne comprenait plus le vent. On doutait de la présence de la lumière. On. On. Puis le noir tomba.