Je retrouve, ému, Poesías completas de Machado que je m'offris le 26 décembre 1974 à Santander lors d'un séjour linguistique. Je me divertis à traduire son poème He andado muchos caminos, qui fait partie de son ensemble Soledades et a été mis en musique par Joan Manuel Serrat.
J'ai arpenté tant de chemins,
ouvert tant de sentiers ;
j'ai navigué sur cent mers
et abordé cent rivages.
En tous lieux j'ai vu
des caravanes de tristesse,
des orgueilleux, des mélancoliques,
des ivrognes à ombre noire,
et de gros pédants en coulisse
qui regardent, se taisent, et pensent
qu'ils savent, puisqu'ils ne boivent pas
le vin dans les tavernes.
Mauvaises gens qui cheminent
et empestent la terre...
Et j'ai vu en tous lieux
des gens qui dansent ou jouent
quand ils peuvent, et besognent
leurs quatre lopins de terre.
Jamais, s'ils arrivent quelque part,
ils ne demandent où c'est.
Quand ils cheminent, ils chevauchent
à dos de mule vieille,
et ne connaissent pas la vitesse,
pas même les jours de fête.
Là où il y a du vin, ils boivent du vin ;
là où il n'y a pas de vin, de l'eau fraîche.
Ce sont de bonnes gens qui vivent,
qui travaillent et passent en rêvant,
puis, un jour comme il y en a tant,
ils se reposent sous la terre.
NB : J'ai traduit "al paño" par "en coulisse". Le dictionnaire de l'académie royale propose ceci : "En una representación, detrás de un bastidor ocultándose del público. El actor habla al paño. Les pédants, confits dans leur prétendu savoir, ne se mélangent pas au petit peuple. Ils restent en coulisse, invisibles, et croient tirer les ficelles des pantins.
J'ai traduit ce poème en pensant à Françoise Élian qui a traduit-interprété Le Romancero gitano de Lorca, publié aux éditions Tango girafe. Voir mon article sur son travail de patience dans la capture des langues.












