Je poursuis mes exhumations poétiques avec ce titre paru en 1977 dans la collection Autour du monde chez Seghers. Je l'avais oublié, comme tant d'autres. Voilà une poésie toute simple, qualifiée de "chant lucide et élégant qui se situe à la frontière du désespoir", selon les mots de Joaquin Medina Oviedo qui a traduit et préfacé le recueil. Il souligne "l'intégration de la personne à la réalité sociale qui est à la fois sauvage dure et injuste".
PROXIMITE
J'arrive.
Mes clés tombent.
Je reviens.
Je suis loin maintenant, si loin.
Je prononce
à voix basse le nom d'un être cher
plein de la faiblesse d'une colombe au repos,
et je tremble.
Je souffre de ne pouvoir pas
multiplier les pains ;
pour le vécu et pour ce que je n'écris pas,
profondément je souffre.
Ma hauteur
se divise.
Je mesure
la taille des poussées,
le temps de l'eau avilie et ma propre retombée.
J'arrive. Et je reviens toujours coupé en deux.
LA MORT DIFFERENTE
Eux, nos ennemis de chaque jour,
viendront à l'improviste.
Trois fois ils appelleront à coups de poings. j'ai
le pressentiment de l'écho répercuté
de leurs pas
calmes.
(Dans l'air pèsent les malheurs, flairés
par les chiens du quartier, précipités au fond,
les yeux pleins d'eau).
Ce sont eux, les envoyés qui s'ouvrent brutalement,
les inégaux
distributeurs
de la mort inventée qui passent en silence,
et qui viendront un jour.
Ma femme s'étonnera des arcs de mes nerfs
et mes enfants s'inquièteront, rendus muets,
à l'idée de l'humidité, et du sort
des oiseaux solitaires debout sur les sommets.




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