samedi 21 janvier 2017

Jean-Pierre Nercam dit Nâzim Hikmet

Depuis quelques années, le metteur en scène Jean-Pierre Nercam offre au public des récitals de poésie. Apollinaire, Aragon, Eluard, Nâzim Hikmet... Dire " Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre " à voix nue et faire oublier le chant de Jean Ferrat démontre un talent longuement mûri sur l'établi de l'émotion et de la langue. Jean-Pierre Nercam a une connaissance intime des silences de la poésie. Il a aussi, dans l'offrande, la simplicité des humbles, qui ne triche pas avec la fragilité de l'humain.
Son compagnonnage fraternel avec le musicien Gérard Hello (guitare, oud, saz) exprime dans les regards échangés comme dans le partage des fredonnements les tendres beautés de l'ordinaire. Même si, au détour des suspens ou au coeur du poème, des ombres tragiques nous font frissonner...
Le spectacle donné au théâtre du Cerisier dans le quartier de Bacalan à Bordeaux, sur la vie et l'oeuvre de Nâzim Hikmet, m'a profondément ému. 
Membre du parti communiste turc, traqué, incarcéré pendant quinze ans (douze mois pour un seul poème en 1933), exilé en URSS puis en Pologne, Nâzim Hikmet incarne la figure de l'écrivain résistant. Sa poésie du quotidien élémentaire, avec ses personnages d'épiciers, de cordonniers, de tailleurs, de voisins en bleu de travail, d'enfants gourmands et d'espiègles amoureuses, de chats et d'oiseaux porte à hauteur d'homme les valeurs universelles de la paix et de la liberté. Nâzim Hikmet dédaigne les plastrons des métaphores. Il préfère l'humour sur lui-même, du genre [je ne crois en rien mais il m'arrive de lire dans le marc de café] et manie aussi bien la fable naïve que le manifeste engagé. Dans la Turquie d'aujourd'hui, oppressée par un dictateur islamiste, souhaitons que ses vers continuent de courir dans les rues, parmi les étals aux parfums de safran et sur les lèvres des belles énamourées.Résultat de recherche d'images pour "nazim hikmet"

Extraits :

Les lampes de l'épicier Karabet sont allumées,
Le citoyen arménien n'a jamais pardonné
Que l'on ait égorgé son père
Sur la montagne kurde
Mais il t'aime,
Parce que toi non plus tu n'as pas pardonné
A ceux qui ont marqué de cette tache noire
Le front du peuple turc.

*

Je suis dans la clarté qui s'avance
Mes mains sont toutes pleines de désir
Le monde est beau
Mes yeux ne se lassent pas de regarder les arbres
Les arbres si verts, les arbres si pleins d'espoir
Un sentier s'en va à travers les mûriers
Je suis à la fenêtre de l'infirmerie
Je ne sens pas l'odeur des médicaments
Les oeillets ont dû s'ouvrir quelque part
Etre captif, là n'est pas la question
Il s'agit de ne pas se rendre
Voilà

Photo de Jean-Pierre Nercam et Gérard Hello par Vincent Maurin
Portrait de Nâzim Hikmet, leblebitozu.com