lundi 8 juillet 2013

Dernier extrait du livre de Pascal Chabot, pris dans son chapitre Manifeste funambule. Ce titre démontre une fois encore que la philosophie peut s'aventurer sur les terres incertaines de la poésie.

" Si au moins les choses étaient claires, il n'y aurait pas burn-out, mais combat. Les ennemis seraient désignés, les responsabilités assignées. Mais la postmodernité, comme toutes les époques intéressantes, est marquée par la plus haute ambiguïté. Aucun manichéisme lui convient, car une condamnation globale des sphères techniques et économiques apparaîtrait la moins crédible des réponses à cette maladie de civilisation. C'est en effet aussi à leur montée en puissance que l'on doit certains des aspects admirables de notre monde...

Que peut faire le philosophe avec ses livres et ses concepts ? Comment sortir de ce découragement ? Comme dans toute guérison de burn-out, il doit se recentrer sur ce qui lui importe le plus et lui rester fidèle... Revivre est bien sûr possible, pour autant que la personne trouve le moyen de changer et de se débarrasser des pressions et des croyances nocives. L'égoïsme est parfois salutaire. Le " Courage, fuyons ! " de Deleuze peut s'avérer nécessaire, même si l'on ne fuit jamais que pour recréer, ailleurs, des conditions qui permettent d'exprimer plus sereinement nos désirs. En cela, un burn-out "réussi"... débouche sur une métamorphose. La personne se reconnecte à ce qui fait sens pour elle, dans des retrouvailles qu'il faut imaginer heureuses...

Le plus grand gâchis serait que l'époque la plus favorisée sur le plan matériel soit aussi la plus dépourvue de sens et de spiritualité. Pour cette raison, les pensées de reconstruction, mêmes infimes, deviennent urgentes... 

L'équilibre est aujourd'hui devenu un moyen. Il n'est plus l'objet d'un désir personnel, artistique ou philosophique, mais un processus qui permet d'atteindre une norme définie extrinsèquement. C'est en effet de l'extérieur du système, dicté par exemple par des impératifs de performance, de rentabilité... que le but d'un comportement sera défini. L'équilibre normatif, qui peut se passer du juste milieu lorsqu'il est interprété en contraintes technologiques, a désormais détrôné l'équilibre intuitif. Leur disjonction s'enracine là, et ne fait que s'accroître parce que de nouvelles normes sont sans cesse édictées et qu'elles n'ont parfois plus de contre-partie vécue. L'intuition, cette boussole qui disait à l'individu ce qui était trop ou trop peu, n'a plus droit de cité. "

Equilibre intuitif : Selon Aristote, recherche d'un juste milieu inspiré par la nature, la compréhension des humeurs du corps et la méditation sur la stabilité des sociétés. Ce juste milieu crée une harmonie recherchée pour elle-même et procure joie et beauté.
Equilibre normatif : Il compose avec des normes collectives et les lois édictées par les autres.

Aller de l'un à l'autre de ces équilibres, voilà bien l'exercice du funambule.