jeudi 15 septembre 2016

Brigitte Giraud, Passage au bleu

"Caminante, son tus huellas el camino y nada màs.", écrit Antonio Machado. "Passant, ce sont tes traces qui font le chemin, rien d'autre."
Dans son dernier recueil, Passage au bleu, Brigitte Giraud n'ignore pas ce proverbe du poète espagnol. Le passage est à faire avec le corps à corps à bras-le-corps, la pensée et les songes, les mémoires et les désirs. Voilà une matière composée au plus profond du secret en soi, entre l'infinité des dehors et l'infinité des dedans. Une matière à prise lente avec le vide émietté, et la nécessité de faire le tri "dans l'ordre des choses désordonnées".
Intérieur ou extérieur, le passage n'a jamais l'amplitude d'un boulevard. Il est plus souvent une coursive, une galerie, encombrée de racines et de visages. A l'étroit donc dans le dur métier de vivre, à tel point que c'est parfois un cul-de-sac à la frontière de l'horizon.
"Le passage a pris corps en toi", écrit Brigitte Giraud, mais, dans le même temps et dans le même mouvement, il est "encore à venir". Indéfini. Flou. A remettre sans cesse sur l'établi des mots. 
Pour que le passage au bleu enfin advienne. Celui du corps apaisé dans l'étendue du ciel et de la mer. L'étonnement redonne au calme les contours "d'un nuage dans l'eau". Les yeux trouvent une issue à la poix des ombres. Le passage s'élargit déjà, "dans l'ivresse du loin".
Extraits :

Désordre de la lampe sur la marche de
l'escalier.
Du miroir que je ne sais pas lire.
Une inquiétude vacille.
Garder dans ses doigts la mémoire de la
table.
De la marche de l'escalier. 
De la lampe.
Le ciel vert ricoche sur les murs de la
chambre.
Je la casse, brique à brique.
Plâtre et gravats.
Eboulis.

*

Je ne sais pas pourquoi
je presse le pas contre la brume.
Le chien de Giacometti pourrait naître là,
dans la marche,
surgi des plâtres sous la table.
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Les lecteurs de Brigitte Giraud retrouveront dans Passage au bleu son goût pour les anaphores qui acèrent le chant, ici celui de la peau dans tous ses états, et son phrasé tantôt au plus près de la langue parlée comme elle surgit, tantôt empreint de veines surréalistes qui multiplient les passages.
Passage au bleu est publié par les éditions Henry pour la modique somme de huit euros.