Des
mots passent au large avec les oiseaux et les chats, dans la lumière lente des allées.
Ont-ils
des lèvres que je saurais saisir ? Ce pays que j'ai dû prendre dans ce qui m'a toujours manqué. Impuissance
des gestes moignons. Voix de rouille édentée.
Ce pays dont l'horizon est toujours en fuite, les oiseaux mêmes s'en détournent et aucune
langue pour le retenir. Les mots sont des corps avec leur souffle et leur sang,
leur bile noire. On ne peut pas les entendre
dans la marche sous l'humus qui perle. On demande au poème la permission du
chant, sa mélancolie d'oiseau. On attend que la fatigue ouvre ses portes. Disparaître
dans le mouvement des pas. L'oiseau
comme le brin d'herbe abolissent toute durée.
L'horizon se confond avec ma peau.
Le
poème n'a pas de lieu sûr quand ma silhouette se perd.
J'en
recompose à tâtons l'illusion pour marcher encore, écrire encore, dans la même
langue des repentirs. Je me souviens des chevaux debout la nuit, leurs paupières lourdes
ouvertes au silence de la lune qui allait tomber. La
paille qu’on avait changée murmurait à l’entour des sabots. Une mouche
agonisait dans une toile et les solives en étaient à la peine. Des
frissons couraient sur ma peau, écarquillaient mes yeux.
Mes
mots ne savaient pas désigner les mystères, ne fécondaient rien de mes
solitudes. Je n'imaginais pas l'envol des chevaux ; je manquais aussi de
fatigue.
image pirates-corsaires.com
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