Les
mots ont du sang sur mes lèvres.
Le
regard ne tient plus dans la marche. Des plis de linge blanc traversent la
mémoire. Il a fallu acharner sur eux le fer à chaud, oublier
jusqu’à l’oubli des taches coupables. Le printemps porte l'aube des
souvenirs quand sonnaient les beffrois et que l'enfance avait rétréci les
gestes. L'arbre n'y pouvait rien dans sa relègue. Ses
promesses étaient trompeuses dans le silence des dimanches raidis depuis toujours.
Il
fallait boire jusqu'au fond du corps toute la lie.
Les
oiseaux s'étaient couchés dans les guérets. Des sucs étranges pleuraient sous
les écorces. Le ciel allait s'ouvrir et mes genoux tremblaient, ma peau prenait
son mauvais grain des mauvais souvenirs. N'importe quoi pouvait surgir des
taillis où crissaient les ronciers, courtilière noire et mante verte, nœud de
serpent à mon cou.
Je n’ai plus dix ans depuis longtemps. Le silence reste à l’étroit sous les fenêtres du jardin. L'herbe retient son souffle au passage des
bêtes sans mémoire. L'oiseau se détourne encore du chant. J’ai fait
trop de rêves trop rêches, mon corps s'est abruti si
souvent comme une masse. Il faudrait courir dans le jour qui monte, adresser au ciel des élans et des joies, délivrer
l'herbe et l'oiseau des signes trompeurs au fond des combes.
Le
silence pourrait se déplier entre les peaux mortes. Les
ombres n’auraient plus de faux bonds dans la marche. Un peu de paix s’écrirait dans les traverses du poème. Enfin.
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