lundi 9 mars 2020

Sammy Sapin, J'essaie de tuer personne

" Je rentre d'un service de chirurgie digestive
Résultat de recherche d'images pour "sammy sapin"où j'ai épongé des anus artificiels
pendant douze heures.
Et je retrouve mon amie
qui chante
un air
enjoué
en s'accompagnant
de sa guitare.
Et je me dis
Ha !
il y en a vraiment
qui ne doutent de rien."

Ce texte de Sammy Sapin dans son recueil J'essaie de tuer personne illustre au mieux le fracas de deux mondes qui se rencontrent sans pouvoir vraiment se rencontrer. Celui de l'hôpital, ses sanies qui saignent, ses suints qui suppurent, et celui de tous les jours, dont les douceurs deviennent presque incongrues. Et pourtant il faut vivre, continuer le chemin avec l'aimée, garder le sens de l'humour, sinon on tient pas le coup, on doute de tout, on se voit déjà sur son propre lit de mort.

M. Claude a beau être mélomane et connaître par coeur son Beethoven, il hurle tellement qu'il finira par devancer l'appel de la faucheuse. Elle ne chôme pas à l'hosto. Parfois, sous les traits de Madame Moretti dont l'esprit ne bat même plus la campagne, elle se déguise en lécheuse de doigts. Quant à Mme Kramer, avec ses ii, ii, elle passera peut-être pas la nuit... Comme Madame Pernigaud, du reste, qui croit que sa mère a trente ans de moins qu'elle.

Et l'infirmier, fourbu, vermoulu, vaincu après trois gardes de nuit, trente-six heures en tout, rentre chez lui sans pouvoir moufter. "Tu ramènes trop de travail à la maison", dit la compagne.

D'où, peut-être, la nécessité d'écrire. Pas pour se plaindre et larmoyer, non, juste pour dire ce qui est. L'hôpital va mal depuis des années. Les maisons de retraite ne se portent guère mieux. Bref, c'est tout un édifice qui craque de partout. Auquel les soignants font semblant de s'habituer. Malgré l'odeur de la merde.

Extrait :

C'est sûr qu'avec toute la Merde que vous touchez, hein...
oui je réponds
toute cette Merde, toute la journée que vous essuyez
oui je réponds
ça doit finir par vous porter bonheur
oui je réponds
ou la chance au jeu je sais plus
oui tournez vous
avec toutes ces fesses souillées que vous touchez ?
oui je réponds
toute cette Merde. J'ai fait beaucoup ?
oui je réponds
toute cette Merde, toute la journée...
oui je réponds
puis je me dis qu'elle semblait
pourtant charmante cette nonagénaire
Madame Picard
cheveux gris
grosses veines superficielles noueuses
boucles d'oreilles en forme de coquillage.

J'essaie de tuer personne de Sammy Sapin n'est pas sans rappeler l'univers frigorifique de Joseph Ponthus dans son roman versifié A la ligne. Lisez-le et soutenez ainsi les jeunes et prometteuses éditions Le clos jouve. Prix : 19 €.

image doganpresse.com

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