Hier soir sur Arte, j'ai revu Mississippi Burning d'Alan Parker. Le film raconte l'assassinat par le Ku Kux Klan de militants pour les droits civiques en 1964 dans l'État éponyme. Deux agents du FBI enquêtent. Et rencontrent une résistance farouche de la population blanche et de la police locale. De nouveaux meurtres sont commis. De nombreuses masures et églises de la communauté noire sont incendiées. Avec l'assentiment du potentat économique du comté et d'un prédicateur ultra radical longuement applaudi lors de ses meetings. Le discours ne varie pas d'une virgule : Les Noirs sont une race inférieure à laquelle il ne faut pas octroyer le droit de vote. Les États du Nord sont gangrénés par les Juifs, le communisme et les idées égalitaires. Le FBI lui-même est contaminé. Il faut se battre contre, les armes à la main...
Deux heures plus tôt, dans l'émission En Société, j'ai vu un documentaire sur l'expansion des courants évangélistes et fondamentalistes aux États-Unis qui murmurent à l'oreille du président. Ils s'opposent au prétendu déclin moral de la civilisation occidentale et à la disparition programmée de la parole de Dieu et de la race blanche. Ils pratiquent des purges dans les bibliothèques afin de préserver les enfants de la gangrène démoniaque. Tous les livres qui prônent la liberté entre les hommes et les femmes, la liberté de croire et de ne pas croire sont retirés. Parfois, même, et les images sont terrifiantes, ils sont brûlés en place publique. Le corps enseignant subit des pressions quotidiennes et le droit de vote des femmes est aussi remis en question. Quant à l'avortement, déjà interdit dans de nombreux États, le pire est évidemment à craindre...
Je sais bien que comparaison n'est pas raison. L'Amérique de 2026 n'est pas celle de 1964. De même, l'Europe de l'Ouest n'est pas une photocopie du trumpisme galopant. Il s'agit d'éviter tout simplisme réducteur qui entraverait la volonté d'analyser les deux situations. On y retrouve cependant de nombreux invariants historicisés depuis l'Antiquité. La défiance puis le rejet de l'autre, l'étranger barbare que l'on ostracise. La pensée suprématiste véhiculée par les discours politiques et religieux. Avec des passages à l'acte de plus en plus fréquents et violents, au Royaume Désuni notamment. Contre les immigrés tous amalgamés au pire. Contre les minorités sexuelles qui incarnent le démon. Contre l'université publique et ses étudiants en philosophie, en sociologie, en littérature, et ses professeurs issus de la "gauchiasse"... Contre. Contre. Alors que les actuelles mutations planétaires, sans précédent dans l'histoire universelle, devraient nous conduire à penser avec. Avec. Avec. Sans vœux pieux ni illusions commodes mais avec toute la lucidité qui permettrait d'engendrer un agir nouveau et durable.
L'espoir luit au creux de la nuit. Qu'il s'éteigne et ce sera la fin.

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