Aurélien Estérie, Benoît Martinaud et Patrick Modolo, professeurs de lettres au collège Montaigne à Lormont, ont fait écrire un dictionnaire à quatre classes de quatrième pendant deux années scolaires. Un travail au long cours avec ses courts-circuits dont les étincelles resteront longtemps dans l'esprit de ces ados et de leurs lecteurs.
Ce Dicollégien, avec son titre-valise ne manque pas de doubles fonds. Pour l'humour. Pour la poésie. Pour le jeu de mots qui ricoche sur le jeu de soi et ouvre mille espaces à l'appropriation de la langue. Une entreprise de salut public tant le français est aujourd'hui malmené y compris dans la sphère politico-médiatique.
Amusons-nous à butiner dans ce dico comme une abeille ivre de son vol fou :
Raisin : fruit qu'on ne cueille pas en vain.
Équilatéral : se dit d'un triangle qui ne fait pas de préférence.
Zèbre : code-barres du règne animal.
Urine : effet secondaire du rire.
Néant : mot vide de sens.
Minerai : roche extraite conjuguée au futur.
Kayak : petite embarcation avec laquelle on rame facilement dans les deux sens.
Jeune : mot de vieux.
Hôtel : lieu où l'on chambre facilement.
Dos : partie musicale du corps.
Chauve : qualifie une personne qui ne coupe jamais les cheveux en quatre.
Boulard : bille qui a pris la grosse tête.
Souris : animal correcteur.
Faim : sensation sans fin.
Télévision : accessoire indispensable au canapé des pères.
Sauf erreur de comptage ou de manipulation de la calculatrice qui complote dans mon dos nul en musique, j'ai relevé 558 définitions. Il est doux et même doudou de voir se côtoyer des mots savants (varappe, histrion, dramaturge, subterfuge...) et des mots répertoriés djeuns (wesh, zoner, râteau...). Ainsi se dévoile la présence multiple d'une génération capable de rire de ses inquiétude et désireuse de s'aventurer parmi les friches inconnues du vocabulaire.
L'ouvrage a été soutenu par l'Académie Alphonse Allais. Avec un avant-propos de Jacques Perry-Salkow, codétenteur avec Frédéric Schmitter "du record mondial du palindrome de langue française le plus long, avec 10 001 lettres". Le Grand Chancelier de ladite académie, Jean-Pierre Delaune, précise : "Par bonheur, tous les adolescents de notre douce France ne sont pas réduits à ce langage cromagnonesque qui fleurit dans nos délicieuses cités banlieusardes... Au pays de Montaigne, il est rafraîchissant de voir éclore des imaginations collégiennes avides de revisiter nos dictionnaires courants avec une fantaisie que nous ne saurions trop encourager".
Enfin, le bénéfice des ventes a été versé à la Croix-Rouge, "à destination de projets envers nos ainés". Les jeunes auteurs ont apprécié ce geste solidaire et intergénérationnel. Une belle aventure et c'est ainsi que l'espoir luit.
Le Dicollégien est édité par l'Académie Alphonse Allais. Il compte 80 pages et coûte 10 €. Disponible au collège Montaigne de Lormont près de Bordeaux.

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