Dans sa préface à l'édition de poche Garnier-Flammarion en 1964, Michel Crouzet relève de nombreux détails autobiographiques et para autobiographiques dans La chartreuse de Parme. "Bien entendu là comme ailleurs le romancier utilise comme matière romanesque des faits vécus par lui. N'est-ce point Stendhal qui a connu un colonel Le Baron, qui a vu fuir tout un convoi au seul cri : "les cosaques" ? C'est un de ses compagnons qui en 1809 à Ebersberg sur la Traun a pris la main d'un officier mort et a senti la peau se coller à ses doigts. Enfin à Bautzen Stendhal a vu ce qu'on voit d'une grande bataille, c'est-à-dire rien, quand on est, comme Fabrice, dans le rang. Mais plus profondément le romancier va ici jusqu'au bout de sa manière d'aimer, de sa manière de sentir et de rêver."
Extraits :
"Un certain nombres d'imbéciles et de gens adroits conviennent entre eux qu'ils savent le mexicain, par exemple ; ils s'imposent en cette qualité à la société qui les respecte et aux gouvernements qui les paient. On les accable de faveurs précisément parce qu'ils n'ont point d'esprit, et que le pouvoir n'a pas à craindre qu'ils soulèvent les peuples et fassent du pathos à l'aide des sentiments généreux." (page177)
"Le réel lui semblait encore plat et fangeux ; je conçois qu'on n'aime pas à le regarder, mais alors il ne faut pas en raisonner. Il ne faut pas surtout faire des objections avec les diverses pièces de son ignorance." (page 178)
"Mais n'est-ce pas une chose bien plaisante, se disait-il quelquefois, que je ne sois pas susceptible de cette préoccupation exclusive et passionnée qu'ils appellent de l'amour ? Parmi les liaisons que le hasard m'a données... ai-je jamais rencontré de femme dont la présence, même dans les premiers jours, fût pour moi préférable à une promenade sur un joli cheval inconnu ?" (page 237)
"... il y a souvent une physionomie dans la position des mots, qu'aucune traduction ne saurait rendre, et vous pourrez y voir plus que je n'y vois." (page 309)
"Suis-je un héros sans m'en douter ? Comment ? moi qui avais tant peur de la prison, j'y suis, et je ne me souviens pas d'être triste ! c'est bien le cas de dire que la peur a été cent fois pire que le mal... Serait-ce l'étonnement de tout ce nouvel établissement qui me distrait de la peine que je devrais éprouver ? Peut-être que cette bonne humeur indépendante de ma volonté et peu raisonnable cessera tout à coup, peut-être en un instant je tomberai dans le noir malheur que je devrais éprouver." (page 327)
"La politique dans une œuvre littéraire, c'est un coup de pistolet au milieu d'un concert, quelque chose de grossier et auquel pourtant il n'est pas possible de refuser son attention." (page 419)
Notons enfin que le mot "chartreuse" apparaît à la page 468, puis, bien sûr, au dernier chapitre, où Stendhal se débarrasse de ses personnages comme s'il n'en pouvait plus de lui-même.
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