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Mon blog est celui d'un butineur effaré dans tous les champs du savoir. Et c'est ce même butinage qui m'a conduit à écrire des livres.

mardi 18 août 2026

Roberto Sosa, Un monde divisé pour tous


Je poursuis mes exhumations poétiques avec ce titre paru en 1977 dans la collection Autour du monde chez Seghers. Je l'avais oublié, comme tant d'autres. Voilà une poésie toute simple, qualifiée de "chant lucide et élégant qui se situe à la frontière du désespoir", selon les mots de Joaquin Medina Oviedo qui a traduit et préfacé le recueil. Il souligne "l'intégration de la personne à la réalité sociale qui est à la fois sauvage dure et injuste". 

 

 

PROXIMITE

J'arrive.

Mes clés tombent.

Je reviens.

Je suis loin maintenant, si loin.

Je prononce

à voix basse le nom d'un être cher

plein de la faiblesse d'une colombe au repos,

et je tremble.

Je souffre de ne pouvoir pas

multiplier les pains ;

pour le vécu et pour ce que je n'écris pas,

profondément je souffre.

Ma hauteur

se divise.

Je mesure

la taille des poussées,

le temps de l'eau avilie et ma propre retombée.

J'arrive. Et je reviens toujours coupé en deux. 

 

LA MORT DIFFERENTE

Eux, nos ennemis de chaque jour,

viendront à l'improviste.

Trois fois ils appelleront à coups de poings. j'ai

le pressentiment de l'écho répercuté

de leurs pas

calmes.

(Dans l'air pèsent les malheurs, flairés

 par les chiens du quartier, précipités au fond,

les yeux pleins d'eau).

Ce sont eux, les envoyés qui s'ouvrent brutalement,

les inégaux

distributeurs 

de la mort inventée qui passent en silence,

et qui viendront un jour.

Ma femme s'étonnera des arcs de mes nerfs

et mes enfants s'inquièteront, rendus muets,

à l'idée de l'humidité, et du sort 

des oiseaux solitaires debout sur les sommets. 

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