Tristian de Saint-Cyr, poète et traducteur en italien du Journal de Belfort de Béatrice Douvre, m'a envoyé un ensemble de textes et j'ai le plaisir d'en déposer ici quelques-uns. Une mystique intranquille voire chimérique en émane. Même les oiseaux s'en ressentent. Jusqu'à quand les miroirs résisteront-ils à ce qui hante et que l'on hante ? Dans le connaissable et l'inconnaissable...
D'OBSCURES MIGRATIONS effleuraient
ta joue posée sur la pierre.
D'où venaient-elles, où allaient-elles, ton
sourire, comme l'on soulève
du bout de l'aile un petit oiseau mort,
ton sourire, enfance,
et les chiennes qui déterrent ton cadavre.
*
LA TERRE EN MOINS d'où il vient, de forêts
hantées par les couteaux
qui te traquent jusqu'au nom que je prends
quand survient la nuit.
Nous serons dans la fraîcheur, l'ultime matin
de grâce - et devant nous
ce ciel, plus vaste qu'outre-tombe.
Celui qui en premier dota d'épines la lumière
dévalera, d'âme en âme,
traînant le cercueil empli de naissances que j'ai taillé
dans les conifères même du cœur et à cette hache
ton sourire décapite les miroirs.
*
Perce-neige, perce-cœur.
LE SOMMEIL, LA PORTE que la nuit
poignarde et poignarde jusqu'à l'aube.
Mais il le fallait, à cette eau laver ton cadavre,
à cette lumière boire cette même eau,
finir de l'empailler, notre enfant,
irriguer d'oiseaux son demain sans pierre.
Désiste à présent la nuit, elle sort dans l'aube
et ramasse les cheveux que tu as perdus
le long de la neige, me les ramène,
oui... je sais, je t'en tisserai un cœur.
*
FORÊTS, FORÊTS de quand longuement,
longuement tu frissonnes.
De cendre et de fumée tes feuillages,
d'élytres ou
peut-être de cette
nuit qui t'obsèque. Forêts de transir,
à l'approche du souvenir, de ce très ancien
gardien de personne, tu l'as vu,
enchaînant au
cèdre le vol des colombes, au grand cèdre
sombrant dans les eaux.
Ses pas forêts une dernière fois frissonnent
en toi - et elle franchit ma lisière.
*
Ce bourdonnement
Ce bourdonnement d'anges au fond du crâne
Se propageant lent
Comme une infection
En moisissure de chants
Jusque dans mon sommeil perfusé de ciel
De cendres
Tout le vaste silence de Dieu
Injecté par intraveineuse tous les jours tous les jours
Et la nuit
Où je ne rêve plus, je ne rêve plus de toi
C'est la nuit qui rêve de moi
*
La même main, qui par leurs crânes
a cloué d'oiseaux l'hiver.
La main qui à la table désossait leurs chants.
Les osselets de leurs tendres chants
qui te bercèrent, enfant.
Les osselets du chant sous ton oreiller.
Cette prière que tu as apprise
dans le sommeil. Elle qui t'a pétri
de lait d'os et du sable qui s'effeuille encore,
très loin, sur les paupières des morts.
Image de Frédéric Duprat

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