Qui êtes-vous ?

Mon blog est celui d'un butineur effaré dans tous les champs du savoir. Et c'est ce même butinage qui m'a conduit à écrire des livres.

samedi 8 août 2026

Tristian de Saint-Cyr, D'obscures migrations

Tristian de Saint-Cyr, poète et traducteur en italien du Journal de Belfort de Béatrice Douvre, m'a envoyé un ensemble de textes et j'ai le plaisir d'en déposer ici quelques-uns. Une mystique intranquille voire chimérique en émane. Même les oiseaux s'en ressentent. Jusqu'à quand les miroirs résisteront-ils à ce qui hante et que l'on hante ? Dans le connaissable et l'inconnaissable...

 

 

 

D'OBSCURES MIGRATIONS effleuraient

ta joue posée sur la pierre.

 

D'où venaient-elles, où allaient-elles, ton

sourire, comme l'on soulève

du bout de l'aile un petit oiseau mort,

 

ton sourire, enfance,

 

et les chiennes qui déterrent ton cadavre. 

*

LA TERRE EN MOINS d'où il vient, de forêts

hantées par les couteaux

    qui te traquent jusqu'au nom que je prends

quand survient la nuit.

Nous serons dans la fraîcheur, l'ultime matin

                    de grâce - et devant nous

ce ciel, plus vaste qu'outre-tombe.

Celui qui en premier dota d'épines la lumière

                    dévalera, d'âme en âme,

traînant le cercueil empli de naissances que j'ai taillé

dans les conifères même du cœur et à cette hache

ton sourire décapite les miroirs.

*

Perce-neige, perce-cœur.

 

LE SOMMEIL, LA PORTE que la nuit

poignarde et poignarde jusqu'à l'aube.

 

Mais il le fallait, à cette eau laver ton cadavre,

à cette lumière boire cette même eau,

 

finir de l'empailler, notre enfant,

irriguer d'oiseaux son demain sans pierre.

 

Désiste à présent la nuit, elle sort dans l'aube

et ramasse les cheveux que tu as perdus

 

le long de la neige, me les ramène,

oui... je sais, je t'en tisserai un cœur.

*

FORÊTS, FORÊTS de quand longuement,

longuement tu frissonnes.

De cendre et de fumée tes feuillages,

d'élytres ou

                                peut-être de cette

nuit qui t'obsèque. Forêts de transir,

à l'approche du souvenir, de ce très ancien

gardien de personne, tu l'as vu,

                                       enchaînant au 

cèdre le vol des colombes, au grand cèdre

sombrant dans les eaux.

Ses pas forêts une dernière fois frissonnent

en toi - et elle franchit ma lisière.

*

Ce bourdonnement

Ce bourdonnement d'anges au fond du crâne

Se propageant lent

                            Comme une infection

En moisissure de chants

Jusque dans mon sommeil perfusé de ciel

De cendres

                        Tout le vaste silence de Dieu

Injecté par intraveineuse tous les jours tous les jours

Et la nuit

Où je ne rêve plus, je ne rêve plus de toi

C'est la nuit qui rêve de moi

 *

La même main, qui par leurs crânes

a cloué d'oiseaux l'hiver.

La main qui à la table désossait leurs chants.

Les osselets de leurs tendres chants

qui te bercèrent, enfant.

 

Les osselets du chant sous ton oreiller.

Cette prière que tu as apprise

dans le sommeil. Elle qui t'a pétri

de lait d'os et du sable qui s'effeuille encore,

très loin, sur les paupières des morts. 

 

Image de Frédéric Duprat 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire