Qui êtes-vous ?

Mon blog est celui d'un butineur effaré dans tous les champs du savoir. Et c'est ce même butinage qui m'a conduit à écrire des livres.

mardi 4 août 2026

Vertige


Mon vertige a commencé dans un ventre qui ne tournait pas rond. Le sang y coulait mal.L'air sentait le suint. Ce que j'entendais du dehors ne tournait pas rond non plus. Des souffles courts sous des pluies battantes. Des cris et des tirs. La guerre peut-être.

 

Puis il y a eu un grand silence. Enfin je voyais. Le ventre à côté de moi baignait dans une lumière immobile. De quel corps venait-il ? De quelle histoire ? Était-il vivant ou mort ? Des ombres blanches se penchaient sur moi et parlaient bas. Elles n'auront jamais de visage.

 

Mon vertige s'est éloigné quand le ventre a été emporté. Le monde ne titubait plus. L'air portait le chant des oiseaux jusque dans la chambre. La guerre du dehors était peut-être finie. La pluie ne durait plus longtemps à la fenêtre. J'allais pouvoir vivre sans tomber.

Mais d'autres ombres sont venues. Grises. Le cou pris dans un col dur. Elles disaient que le ventre n'avait pas résisté à ses fièvres. Et m'ont conduit au pays des plaines basses. Dans une maison dressée contre le vent. Un vertige plus feutré m'a pris. Avec la neige.

 

Et pourtant j'ai grandi. Mes mains ont inventé des gestes qui conjuraient ma faiblesse. Le lit de vieux bois rassurait l'inquiétude sur ma peau, repoussait l'écho des chiens dans les guérets. Et j'ai encore grandi, debout contre les fleurs des tapisseries. Qui frissonnaient.

 

Ma bouche a dit son premier mot à trois ans. Je l'ai entendu vibrer quand il a pris la forme d'un oiseau. Puis j'ai entendu crisser le mot feuille et clapoter le mot rivière. Mon vertige n'a pas supporté le vacarme. Je l'ai muré dans le silence. Il me tiendra jusqu'à la fin.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire