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Mon blog est celui d'un butineur effaré dans tous les champs du savoir. Et c'est ce même butinage qui m'a conduit à écrire des livres.

lundi 2 novembre 2026

Vous avez le code ?


Aujourd'hui plus que jamais, il faut avoir plein de codes. Ils foisonnent sur Internet à tel point que le quidam s'y perd. Alors il les note sur un carnet ou sur son téléphone et ça le fait même s'il peste et se dit que bientôt il faudra un code pour aller pisser. Mais il en existe d'autres, bien plus difficiles, qui verrouillent les groupes d'appartenance. Comme je suis plumitif, j'imagine au débotté un dialogue pour toquer à la porte d'une maison d'édition en me répétant que, question codes, j'ai au moins à peu près celui de la grammaire :

(Paris, devant la porte des éditions du Castor étoilé, un prétendant à la publication, un peu voûté, un peu nerveux, et sa chemise mal repassée déborde de son pantalon.)

- Bonjour monsieur, je viens déposer un manuscrit. 

- Ah ! Vous êtes le dixième depuis ce matin. Vous ne savez pas qu'on ne se déplace plus pour les dépôts ?

- Euh ! C'est juste que je passais par là. Alors...

- Vous venez de la province, non ?

- Euh ! Ben...

- Vous en venez ou vous en venez pas ?

- Ben...

-Vous vous appelez comment ?

- Jacques Louvain.

- Connais pas.

- J'ai déjà publié deux ou trois choses.

- Hum ! Chez qui ?

- Au chat qui rote. 

- Amusant ! Et ça se trouve où, Le chat qui rote ?

- Euh ! J'ai oublié. C'est loin.

- Vous avez fait des études ?

- Ooof ! Pas trop. 

- Bon. Passons ! Ici, on accueille tout le monde. Mais dites-moi, vous avez des réseaux ?

- Pas tellement. 

- Vous connaissez des auteurs réputés ? Comme Cécile Coulon, ou Ysé, par exemple ?

- Euh ! Ben non.

- Ah ! C'est fâcheux. Le secteur de l'édition est en crise, surtout dans le domaine de la poésie. Et puis, votre nom, Jacques Louvain, ça fait désuet. Si encore vous aviez un patronyme à consonance arabe, ou inuit, ou japonaise, je vous ouvrirais volontiers l'huis.

- L'huis ?

- Oui. La porte, quoi ! Huis comme huissier. Et puis votre chemise est froissée, vous ressemblez à un oiseau déplumé. Allez chez le coiffeur et faites-vous teindre une mèche en vert. Vous pouvez également parachever votre présentation avec un tatouage sur le nez, abstrait bien sûr, surtout pas figuratif.

- Aaaah !

- De toute façon, vous êtes beaucoup trop hésitant. Dire sans arrêt euh, ben non, aaaah vous dessert irrémédiablement. Notre directeur du marketing déteste ça. Il y a des codes linguistiques à respecter.  C'est pour l'image, vous comprenez ?

- Donc, vous ne m'ouvrez pas, vous ne me laissez pas une petite chance.

- Vous m'en voyez fort marri.

- Marri ?

- Désolé, je veux dire. Retournez à votre chat qui rote. Et augmentez itou la surface de votre vocabulaire avec la dose idoine d'argot contemporain, c'est très modern style. Un dernier conseil, choisissez-vous un pseudonyme approprié. Louvain, c'est vraiment trop old fashioned. Il y a une agence spécialisée en onomastique sur le boulevard des Allongés. Allez-y de ma part. 

- Merci beaucoup monsieur. Vous êtes vraiment bon pour moi. Merci, merci. 

(Et le quidam s'éloigne, se demande s'il a assez remercié son interlocuteur, essaie de remettre sa chemise dans son pantalon et s'aperçoit, dépité, que le lacet de son soulier droit est défait. De retour chez lui, c'est juré, il apprendra tous les codes pour publier des livres...) 

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