*
C'est un dimanche de lumière sale. On se réfugie sous une couverture de laine rouge. Tout sera plus long. Laver le corps. Désinfecter le corps. Habiller le corps. Détendre l'esprit dans sa grande solitude. On guette un mouvement par la fenêtre trop immobile. Rien ne bouge et rien ne bruit. La vie aura quitté le monde. L'oiseau las, le chat taciturne se seront dégoûtés du silence. On s'amuse un moment de cette image d'animaux qui renoncent. On se souvient de la dissipation de la vie dans un roman italien. Un seul témoin pour dire l'effroi du vide mais à qui ? Le silence n'est d'aucun secours s'il est trop silencieux. Le corps se remet à geindre. Il faudrait se lever. Dresser la liste des gestes qui ouvriraient le chemin jusqu'au fruit sur la table du salon, jusqu'à la bouteille d'eau à remplir encore. Il faudrait cela dans la lumière sale. Et la paix viendrait dans le sang. Mais un volet qui grince recompose l'espace de la chambre. Tout sera plus long. Plus loin.
*
On pense peu aux grands souffrants qui résistent toute une vie. Leurs actes sont des leçons. Leurs paroles sont des leçons. Construisez votre joie comme nous construisons la nôtre, disent-elles. Oui. Bien sûr. On donnerait de la force à l'oiseau contre le vent. La lumière blesserait moins les yeux tristes. La douleur aurait l'aiguillon plus doux. Bien sûr. Et pourtant. Cette réticence qu'on a. Le dépassement de soi tresse des lauriers à la chaîne. Frappe des médailles sur la poitrine des valeureux. On n'est pas valeureux. On craint le sang qui s'épanche. On redoute les urines retenues dans la vessie. Et l'oiseau ne tient pas debout sur le muret du jardin. Il a peur. La pluie pourrait tomber. Une branche casser. Et ce serait l'aubaine du chat tendu vers sa proie. L'autre leçon du pire.
image lematin.ch
image lematin.ch
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire