101 poèmes du Japon d'aujourd'hui est une anthologie parue en 1998 et traduite en 2014. L'ensemble présente "des œuvres majeures qui eurent un grand retentissement à l'époque de leur publication, au point d'alimenter les polémiques, et qui marquent des étapes essentielles dans l'évolution de la poésie au cours des dernières décennies". Butiner dans cet ensemble permet de retrouver cette étrange étrangeté du Japon, seul peuple au monde, faut-il le rappeler, à avoir subi le feu nucléaire et menacé plus que tous les autres par la menace des submersions volcaniques sous-marines.
Commençons avec Irisawa Yasuo (1931-2018) :
Même une bouilloire,
On ne saurait jurer qu'elle ne vole pas à travers le ciel.
Remplie d'eau à ras bord une bouilloire
Chaque nuit, s'échappant en cachette de sa cuisine,
Au-dessus de la ville,
Au-dessus des champs, et puis encore,
au-dessus de la ville suivante
Le corps légèrement incliné,
S'en va volant du mieux qu'elle peut.
Sous la Voie lactée, sous les files d'oies sauvages
qui migrent,
Sous l'arche des satellites artificiels,
Hors d'haleine, elle vole, elle vole,
(mais bien sûr, pas si vite en somme)
Et pour finir,
En plein milieu du désert où a fleuri
une fleur solitaire,
Pour cette fleur blanche qu'elle adore
Elle verse toute son eau puis s'en revient.
Ce poème a été écrit en 1982. Son titre, Objet volant non identifié, témoigne d'un humour particulier qui science-fictionnise à la façon d'un conte la geste invisible du quotidien. Les objets inanimés ont une âme sensible à la suffocation des fleurs solitaires. Et je me souviens de Flying Teapot, album de Gong (rock psychédélique) sorti en 1973. Gong est une planète magique entièrement verte et le groupe a donné un concert au Grand-Parc à Bordeaux en 1977 ou 1978. J'y étais...
L'anthologie, traduite par Yves-Marie Allioux et Dominique Palmé est publiée chez Picquier poche. Elle compte 267 pages et coûte 10 €.

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