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Mon blog est celui d'un butineur effaré dans tous les champs du savoir. Et c'est ce même butinage qui m'a conduit à écrire des livres.

mercredi 18 février 2026

Les professions de foi en matière de poésie


Les professions de foi en matière de poésie me navrent autant que les professions de foi en matière de politique. C'est peut-être que, justement, elles en manquent prou, de matière. Elles sont un rien pisseuses, un zeste glaireuses, et ça dégouline entre les vers de terre livrés à l'atrabile.

Tenez ! cette profession-ci, lue naguère sur le réseau : "CONTREVENIR AUX STANDARDS EST UN DEVOIR EN POÉSIE." Et le commentateur, par ailleurs bon poète, en rajoute : "ET SE PRÉMUNIR CONTRE LA COMMUNAUTÉ ENCORE PLUS."

Le mot "devoir" immédiatement me hérisse. Les poils qui me sortent du nez sont tout de go des épées. Je me méfie. Qu'un poète s'affuble d'oripeaux staliniens, ça craint. Quant à la communauté, et c'est vrai qu'elle pue des fesses, notre auteur ne rêve que d'une chose : être adoubé par elle. Comme tout le monde, moi le premier, quoique modérément.

Et j'en vois défiler partout des professions en matière de poésie qui disent la prétendue grandeur des âmes. Sur la poésie et la liberté. Sur la poésie et la résistance. Sur la poésie et la cause des femmes. Etc.

Je me souviens que Carlos Fuentes a écrit : "La liberté, c'est du travail". Sur soi et contre soi. Sur la langue et contre la langue. "Un duel perdu d'avance", me rappelle Baudelaire à l'oreillette. Et c'est la condition même de l'existence de l'art. De l'élan qui nous pousse vers lui, pour apprivoiser un peu les énigmes fondamentales. Là est la liberté, dans la nécessaire déprise de soi qui accompagne l'aventure artistique. Inutile, donc, de se goberger de mots qui se la pètent !

Quant à la résistance, j'en ai déjà parlé ici. La poésie n'est pas plus ontologiquement résistante que d'autres formes d'expression. Je ne vais pas encore brocarder les intellocrates qui ne sortent jamais de leur pré carré tout en déclamant l'humanité souffrante. Mais je pense de nouveau à René Char, les armes à la main au plus près du feu. Et je pense aussi à ce propos de Romain Rolland : 'Un héros, c'est quelqu'un qui fait ce qu'il peut". 

J'aime l'idée du pouvoir-vouloir, plus subtile que son inverse. J'aime son agir dans l'ordinaire des jours. Je peux vouloir demander à mon voisin s'il a besoin d'aide alors que je ressens sa fatigue. Je peux vouloir transmettre un peu de culture à un adolescent perdu dans ses études. Je peux vouloir arrêter de me croire supérieur à autrui au prétexte que j'écris de la poésie que quasiment personne ne lit. Je peux, enfin, me souvenir du message de Camus selon lequel il y a plus à admirer qu'à mépriser chez l'humain. Voilà la résistance, humble, avec les mains dans le cambouis.

Venons-en maintenant à la poésie qui brandit comme un étendard la cause des femmes. Elle est évidemment légitime et nécessaire. Mais ses tics de langage titillent amplement mes commissures.  Puis-je dire sans me faire agonir que l'écriture inclusive c'est de la daube ?! Alors que les inégalités salariales persistent. Alors que les féminicides ne désarment pas et que le masculinisme le plus rétrograde retrouve droit de cité. 

Il m'arrive de croiser, lors de scènes ouvertes, quelques-unes de ces porte-drapeaux, ou porte-drapelles si elles préfèrent. Je constate parfois du talent et un engagement authentique. Quand il sait se détacher des rodomontades posturales. Quand il devine qu'un simple murmure peut durer plus longtemps qu'un cri de surcroit mal poussé. 

Voilà. C'est tout pour aujourd'hui. Je retourne à mes chats et à mes oiseaux, loin des assombries et des imprécations sur les tréteaux sans planches de la poésie qui lyrise et ésotérise. Peut-être écrirai-je deux ou trois vers, petits, petits, en espérant seulement qu'il ne seront pas des asticots bons à vermifuger. 

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