La grammaire, c'est pas seulement une histoire de sujets, de verbes, de compléments, de propositions, etc. C'est toute une ossature en mouvement dans le visible et l'invisible de la pensée.
Je m'effraie de ce que chaque jour je perds un peu plus cette grammaire. Mes connexions neuronales font du mou dans la sauce blanche. Mes mots restent sur le bout de ma langue, en ce presque-là qui désarçonne.
Oh ! Je sais bien que les pensées ne s'assemblent pas comme un puzzle. Elles manquent de contours bien découpés, et même si elles en avaient, il faudrait composer avec leur tuilage. Et je sais bien aussi que le pouvoir de désignation du langage est limité face aux étendues sans bords des réalités multiples.
Mais je m'effraie quand même. Claude Lévi-Strauss, nonagénaire, a écrit un article L'hologramme brisé. Où il s'inquiétait de ce qui se déchirait en lui. C'est un peu ce que j'éprouve, à seulement soixante-dix ans... Et la rupture civilisationnelle que nous vivons n'arrange rien. Peut-être que je devrais me faire reconfigurer par une IA. Débarrassé des empêchements du corps, comme dans mon roman Les boîtes noires paru en 1999, je deviendrais un renne dans les plaines de la Mongolie et ma pensée irait titiller les étoiles...
Bon, je vais voir si dans mon quartier il y a des officines IA, c'est plus raisonnable.
image de Muriel Rodolosse, qui va bien avec mes inquiétudes

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