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Mon blog est celui d'un butineur effaré dans tous les champs du savoir. Et c'est ce même butinage qui m'a conduit à écrire des livres.

samedi 4 avril 2026

Maurice Pons, Les saisons, 1

 


Je lis Les saisons pour la troisième fois. À roman vraiment pas comme les autres, chronique itou pas comme les autres. Donc je commence avec un extrait du journal de Siméon :

"Je vais ici pouvoir écrire, écrire, écrire. Je vais vider mon cœur de tout son pus. Il ne m'arrivera rien, j'en ai la conviction. Et pourtant, hier encore, j'ai été traversé par une image : lorsque ce crâne de mouton m'est tombé dans les pieds, je l'ai vu soudain multiplié par mille fois lui-même, j'ai revu l'amoncellement des charniers que je ne veux plus voir, et le sourire des dents humaines ; j'ai senti à nouveau la brûlure de l'enfer. Oui, j'ai cédé encore à la tentation de l'image... En serai-je jamais délivré ? C'est mon livre qui m'en délivrera." 

Le problème, c'est que les images, dans ce village où l'automne dure seize mois, sont très prégnantes, très humides aussi, très boueuses. Et, comme on ne mange là que des lentilles, qu'on ne boit là que de l'alcool de lentilles, les images se retrouvent au fond du corps comme au fond de l'esprit. Elles pourrissent.

Les personnages, souvent énormes, souvent difformes macèrent dans des pestilences qui sont peut-être d'un autre monde. 

 Mme Ham, tenancière du café-hôtel où tout est constellé de mouches mortes ou agonisantes. Elle est atteinte d'éléphantiasis. Son corset est une carapace : "il la caparaçonnait des aisselles aux genoux ; il était fait de bougran*, mais à ce point bardé de buscs*, d'éclisses et de baleines, qu'assurément il devait tenir droit sur un plancher, comme une armure ; et il était crasseux, d'une crasse séculaire de cathédrale." 

La vieille femme, au langage "guttural et informe", "sans voyelle aucune". Siméon se dit qu'elle ressemble à une tortue océane. Ses mains sont comme des pieuvres. Elle garde sous ses jupes, contre son ventre, des œufs durs. Quelle est donc cette "substance dure et noirâtre, d'une consistance assez semblable à celle [des] champignons polypores" ?

Le Croll, le soigneur du village, vit dans "une sorte de galerie de mine voûtée, luisante, toute en longueur, étayée de rondins et de fagots". L'individu, borgne et souvent ivre, parviendra-t-il à soigner l'orteil infecté de Siméon ? Ses intentions sont-elles malveillantes ? Son œil unique, "à ce point injecté de sang que la pupille s'y détachait en clair sur un fond rouge sombre", cache-t-il d'indicibles tourments ?

Louana est la fillette qui a aperçu Siméon "à travers le cul de sa mère" penchée sur les champs de lentilles. Son visage mongoloïde et écarlate est souvent hilare. La drôlesse, de surcroît, n'a pas la langue dans sa poche (ni dans celle de son voisin, dirait Desnos goguenard). Siméon l'apprendra à ses dépens car la bougresse l'a vu en train de reluquer la nudité de Clara Lodge apprêtée à son bain.

Il y a aussi un couple de douaniers. Ils vont inspecter le havresac de Siméon. Dedans, de très nombreuses feuilles de papier d'une rare beauté, avec un filigrane énigmatique. Ce papier est-il lui aussi un personnage ?

Je vous le dirai quand j'aurais relu la deuxième partie du roman. Et que la pluie aura cessé. 

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