Après la place Maran et sa boutique de produits thaïs un peu gras, la rue Arago s'ouvre à gauche par une grande friche adossée à l'école Charles-Martin. Il faut imaginer là quantité de petits peuples des herbes. Quelques lézards y passent furtivement, gobant l'air de rien la punaise égarée, le gendarme harassé.
Ce qui frappe d'emblée le marcheur, c'est l'alignement souvent crénelé du bâti. Des maisons et des groupes de maisons accolées se sont retirés du trait de côte du trottoir, laissant à la guise des habitants l'occupation des espaces vides. Un peu cour, un peu jardin quand il s'agit d'un seul logement. Et beaucoup parking sauvage quand il y en a plusieurs.
Je remarque quelques façades très bien rénovées et d'autres abandonnées à l'usure et aux cloportes. Deux ou trois fenêtres autrefois murées par des propriétaires soucieux de réduire leur taxe foncière accueillent des peintures à la bombe, augmentées de mots d'esprit. L'abeille de Fred Rush Collins a bien des facéties philosophiques. Le bonheur n'est pas une recherche, encore moins une quête. L'inattendu lui suffit, à savourer lentement après qu'il a surgi.
Porté par des considérations flottantes, idéales pour philosopher, je hume les jasmins grimpants. J'imagine le voyage des fragrances jusqu'à ne plus m'apercevoir que je marche. Je passe devant chez Anne-Marie Durou qui sculpte aussi bien le bronze que les laines, ou le plexiglas. J'entrevois déjà la fin de la rue et le parking du Lidl où la misère s'approvisionne. Je lorgne l'enseigne délavée de l'église évangélique pour la foi profonde. C'est un bâtiment quelconque sans clocher ni voussures à l'entrée. Je ne me demande pas ce que l'on y prêche, comment on y lit les épîtres.
Juste en face, les marchands du temple du Crédit Mutuel jouent à la fibre sociale, portée sur les écrans publicitaires par une délicieuse Cerise en robe à pois.
Ce n'est pas encore le moment de préparer mes clés. J'ai encore un coup d'œil à donner aux travaux de la bibliothèque et à la vitrine de Laugery où Pimprenelle rit tant et tant. Depuis la pose de la première pierre, inaugurée par monsieur Hurmic, notre ancien maire, l'édifice va gaillardement sur ses deux ans. Cependant que Pimprenelle sautille vers les cap des trentièmes hilares. Voilà. C'est tout pour le moment. Je ne sortirai plus de la journée.

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