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Mon blog est celui d'un butineur effaré dans tous les champs du savoir. Et c'est ce même butinage qui m'a conduit à écrire des livres.

vendredi 15 mai 2026

Marcher rue Blanqui à Bordeaux


Après l'hôtel Regina près de la Halle de Bacalan, sur la gauche, la rue Blanqui. Je m'étonne toujours de ces boutiques au nom globichard : Running, Barber Shop, Peace of Mind, Tropical Optical Shop... 

Aussi, l'enseigne Quinte et sens me rassure-t-elle, le français n'est pas tout à fait mort. Il résiste encore au cheval de Troie du capitalisme hirsute. Me rassure également la présence du CMSI (Centre Médical de Soins Immédiats), installé par la mairie de quartier sous la houlette bienveillante de Vincent Maurin notamment.

Puis je hume les jasmins tortillés autour des embrasures. J'observe les portes rénovées et celles dont le bois n'en finit pas de se décomposer. J'entrevois quelques arpents de friches qui ont pris la place des jardins. Combien de bêtes blanches y déposent leurs suints ? 

J'accélère le pas. Sur ma gauche, une grosse maison luxueusement rénovée pour les touristes rbnb. Sur ma droite, un restaurant ouvrier, La casera. Un caboulot, disait-on autrefois. Comment pourrait-on dire caboulot en globiche ?

Je passe devant des maisons dont je connais un peu les habitants. Ici, un ancien collègue à qui j'adresse à l'occasion un signe de tête, voire une poignée de main. Là, un ami que j'ai depuis cinquante ans, qui a vendu son logement à une ex députée marcroniste dont j'ai oublié le nom. Là, encore, un couple d'Espagnols, eux aussi ont vendu. Et me voilà longeant la place Buscaillet : son marché du vendredi, son aire de jeux, sa table de ping-pong, son échiquier de pierre, sa boîte à livres, sa statue-fontaine tout écaillée, assez laide. Je croise quelques chiens traînant des maîtres suffoqués, des coureuses avec écouteurs greffés aux ouïes, des noirs esclaves des plates-formes de livraison, deux ou trois vieux égarés, parfois, un oiseau fuyant les trottinettes.

Et me voilà presque de retour. Je passe l'angle de la Cité Dutrey où sont chaque jour déposées  par les gitans des immondices parmi des meubles disloqués, des matelas éventrés, des bouteilles d'alcool. D'où leur viennent ces excrétions quotidiennes, de quel embarras de vivre ?

Je quitte la rue Blanqui. Je prends la direction de l'école Achard. Il y a là un ancien collègue à qui j'adresse à l'occasion un signe de tête et de nombreux élèves en déshérence mentale et cognitive, qui auraient besoin de soins. Quelques mètres plus loin, je vois un chat blanc sur le rebord d'une fenêtre. Il a le poil ras et le regard vert. Je m'arrête et lui parle. Je n'essaie pas de le caresser ; il ne le souhaite pas. Notre entretien dure cinq secondes et je suis benoîtement content. J'ignore un deuxième dépôt sauvage rue Audubert et j'attrape vite mes clés. Je ne sortirai plus de la journée.

Image de Selor. Et peut-être qu'un jour on envisagera enfin un autre possible pour l'humain et contre les puissances démoniaques de l'argent.  

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