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Mon blog est celui d'un butineur effaré dans tous les champs du savoir. Et c'est ce même butinage qui m'a conduit à écrire des livres.

mercredi 29 juillet 2026

J.M. Coetze, Michael K, sa vie, son temps


Michael K est né avec un bec de lièvre et un esprit simple. Trop simple ? Il a reçu dans une institution une éducation très élémentaire et pratique : "balayer, récurer, faire les lits et la vaisselle, confectionner des paniers en vannerie, travailler le bois, manier la pelle et la pioche".

À quinze ans, il devient jardinier puis gardien de nuit aux toilettes publiques. À trente ans, il reçoit un message de sa mère malade. Elle souhaite, avant de mourir, retrouver la ferme où son enfance heureuse a grandi. Mais c'est loin et le pays est plongé dans la guerre civile. Il faut un visa pour passer d'une province à une autre et Michael échoue à en obtenir un. Il bricole tant bien que mal une brouette dans laquelle sa mère peut s'allonger et les voilà partis. Un périple dangereux. Comment échapper aux miliciens de tous bords, aux détrousseurs professionnels, aux méfiants invétérés prêts à dégainer  ? Comment subsister même si la mère, femme de ménage toute sa vie, emporte quelques menues économies ?

L'aventure ne tarde pas à tourner court. Dans un hôpital débordé, Michael assiste impuissant à la mort de sa génitrice et récupère ses cendres. Il continue seul le voyage, tenant serrés contre lui l'urne funéraire. Il finit par découvrir une ferme abandonnée avec un réservoir d'eau dont la pompe fonctionne encore, il s'y cache, aménage un réduit semi-souterrain, dépèce une chèvre pour manger, plante des graines de potiron et ensevelit les cendres de sa mère. Avant d'être délogé par un prétendu petit-fils des fermiers disparus, qui ferait bien de lui son valet. Michael refuse cette domination que son instinct flaire. L'errance reprend, qui le conduit à l'incarcération dans un camp de travail très concentrationnaire...

Michael résiste à l'oppression avec son esprit simple, sans trop de mots, sans trop de gestes. Il peut faire penser au Bartelby de Melville. Sa façon à lui d'être libre au cœur des épouvantes. Qu'il exprime en parlant avec un médecin militaire fasciné par ses représentations au point de lui écrire une longue lettre.

Voilà un roman absolument poignant avec une grande portée philosophique, indispensable pour aborder ce que force et fragilité font de la condition humaine. 

Extraits :

 "Je pourrais vivre ici pour toujours... Rien n'arriverait, chaque jour serait identique au jour d'avant, il n'y aurait rien à dire... Il comprenait que des gens aient fait retraite en ce lieu, qu'ils aient enfermé entre des clôtures des centaines d'arpents de silence..."

"Il ne se voyait pas comme dans un corps pesant qui laissait des traces derrière lui ; dans la mesure où il avait une image de lui-même, c'était celle d'une poussière à la surface d'une terre trop profondément endormie pour remarquer le grattement des pattes de fourmi, le grincement des dents de papillon, l'effritement des mottes." 

"Toujours, quand il tenta de s'expliquer devant lui-même, il subsista un fossé, un trou, une obscurité devant quoi son entendement se cabrait, qu'il était inutile de chercher à combler avec des mots. Les mots étaient engloutis, le fossé restait. Son histoire fut toujours une histoire trouée ; pas la bonne histoire, jamais la bonne histoire."

 

Ce dernier extrait me ressemble beaucoup mais sans la sagesse de l'esprit simple de Michael, puisque je cherche encore à combler le trou avec des mots. 

Michael K, sa vie, son temps de J.M. Coetzee est disponible en Points Seuil. 

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