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Mon blog est celui d'un butineur effaré dans tous les champs du savoir. Et c'est ce même butinage qui m'a conduit à écrire des livres.

lundi 24 août 2026

Brigitte Giraud, de l'image à la glaise


Brigitte Giraud a plusieurs cordes à son arc-en-ciel poétique. Il y a ses livres bien sûr ; La nuit se sauve par la fenêtre en 2006 et Aime-moi en 2018 se sont vendus à plus de six cents exemplaires chacun, et c'est quasiment une prouesse. Il y a longtemps que les recueils de poésie peinent à trouver un lectorat significatif y compris chez les éditeurs qu'on dit grands, y compris quand un prix les met un peu en valeur. 

De toute façon, Brigitte Giraud n'est pas une nature à s'affliger pour des méventes. Elle ne joue pas à la desdichada sur un promontoire enténébré, elle dédaigne les mots qui ont trop d'ampoules sous les pieds, elle suit son chemin. Elle fait. Au sens plein de l'agir toujours tourné vers l'humain à qui elle tend la main s'il est à la peine.

Elle fait, depuis une quinzaine d'années, des images qui bougent. "Aux heures pâles de la nuit". Ses vidéos sont le plus souvent des moments poétiques saisis à l'instinct dans la ville avec quelques vers en défilé. Elle a aussi réalisé de longs entretiens avec le psychanalyste Gérard Ostermann et le philosophe Robert Misrahi. Ses images ont également accompagné quelques-uns de mes livres, dans le tram, à la terrasse d'un café près de la librairie Mollat, à l'entour arboré de la Base sous-marine à Bordeaux. Enfin, voilà trois saisons qu'elle filme les événements du collectif de poésie Pour Le Moment. Elle le fait avec ardeur et obstination quand les images, aussi indociles que les mots, lui résistent.


Brigitte Giraud fait aussi des bois. C'est ainsi qu'elle appelle ses sculptures réalisées à partir de tronçons récupérés çà et là. Auxquels elle ajoute parfois une tête traversée d'énigmes, ou un oiseau. Deux de ses bois ont été achetés par la mairie de Bordeaux. Ils veillent sur les pas perdus des promeneurs dans des lieux municipaux.

 

 

 

Pendant la pandémie et ses confinements, elle a fait des collages dont la version numérique est répertoriée aux Archives départementales de la Gironde. Pour la mémoire. Une mémoire au-delà du seul témoignage, qui apprivoise les hantises des représentations imaginaires. Et narre à bas bruit les hautes solitudes.



Enfin, désormais, Brigitte Giraud pétrit la pâte à papier obtenue après cuisson. Elle y ajoute de la farine, de la colle, de la peinture, de la glaise. Et montent lentement de ses mains ouvrières toutes sortes d'objets. Certains sont émaillés d'images et de mots. D'autres restent à l'état presque brut comme ceux de la photo qui inaugure cet article. La faiseuse envisage de participer à quelques marchés, pour vendre. Mais sa volonté, occupée partout ailleurs et surtout à aider autrui, tarde à passer à l'acte. Brigitte Giraud, comme Chateaubriand, considère que "le vrai bonheur coûte peu ; s'il est cher, il n'est pas d'une bonne espèce".

De l'image à la glaise, et puis après ? Nul ne le sait. Les arcs-en-ciel n'ont pas encore révélé toutes leurs nuances, tous leurs mouvements. Il y a des cordes cachées derrière les cordes. Brigitte Giraud saura en trouver. Comme elle sut en trouver une quand, adolescente et éperdument  amoureuse, elle gravit une pente du cirque Gavarnie dans les Pyrénées. Le désir, la volonté ; leurs chevilles qui façonnent l'agir. Éperdument. Amoureusement. Brigitte Giraud n'en a pas fini d'être là. Grâces lui soient rendues !

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