Le dernier recueil de Miguel Ángel Real s'intitule Geográfica Mente. Nous choisissons de le traduire par Géographique Mental afin d'en conserver le jeu de mots. Le lexique de la géographie s'affranchit ici des dictionnaires et abonde les mystères de l'humain et de la langue. "Miguel Ángel Real transforme les fleuves, les ports, les falaises ou les sentiers en symboles de la mémoire, le temps et l'existence en dépliant le sens des mots avec un regard philosophiquement contemplatif ". Comment, dès lors, ne pas penser à la merveilleuse Histoire d'un ruisseau d'Élisée Reclus, lequel écrivit : " L'histoire d'un ruisseau, même de celui qui naît et se perd dans la mousse, est l'histoire de l'infini". Épris des horizons qui ondulent, Miguel Ángel Real est un promeneur infiniment patient et nous aimons cette lenteur portée au cœur du poème, jusqu'à l'effacement de soi.
ALDEA
Cuentan que un año algunos descubrieron
que el silencio era cierto en la ciudades :
un vacío sereno, que no tenía peso
reinaba en la amplitud recobrada de las plazas
que a la vez eran un antro de ecos al acecho
Sin mapas ni espejos, asistíamos
a un nuevo génesis a cada instante
y en los tenaces restos de la prisa
el encanto del viento, sin esfuerzo,
sin ansias de ser viento, por ser sólo,
acompañaba sin pretensiones las mañanas.
Todo regresaba a su origen de aldea.
LIEU-DIT
Ils racontent qu'une année certains ont découvert
que le silence était sûr dans les villes :
un vide serein, qui ne pesait rien
il régnait sur l'étendue retrouvée des places
lesquelles étaient aussi un antre d'échos à l'affût.
Sans cartes ni miroirs, nous assistions
à une nouvelle genèse de chaque instant
et dans les restes persistants de l'urgence
l'enchantement du vent, sans labeur
ni tracas d'être vent, du seul fait d'exister,
accompagnait sans prétentions les matinées.
Tout s'en revenait à son origine de lieu-dit.
COLINA
No veo fronteras en las colinas,
sino un vaivén claro y abierto,
una invitación casi a descubrir
sin estandartes ni ejércitos
el valle que se esconde al otro lado :
pensar colina es concebir
que el horizonte puede ser
ondulación. Algo en ellas respira
y su ritmo es armonía en esencia :
presencia generosa que invita a la desidia,
que se deja recorrer como una espalda dulce,
en la pacienca llena del paseo.
No hay desafío que ponga a prueba nuestras fuerzas
y ya en lo alto, sin querer ser,
hallamos un relato sin hazañas ni gestas
en el que las palabras solo intentan aunarse
a un tiempo exento de alteraciones y cesuras.
COLLINE
Je ne vois pas de frontières parmi les collines,
seulement un va-et-vient transparent et ouvert,
presque une invitation à découvrir
sans armées ni bannières
la vallée qui se cache de l'autre côté :
penser en colline c'est concevoir
que l'horizon peut être
une ondulation. Quelque chose en elles respire
au rythme harmonieux des quintessences :
présence généreuse qui invite au nonchaloir,
qui se laisse arpenter comme la douceur d'un dos,
dans la pleine patience de la promenade.
Il n'y a aucun défi qui mette nos forces à l'épreuve
et déjà dans les altitudes, ne voulant pas être,
nous découvrons un récit sans gestes ni prouesses
où les mots essaient seulement de se lier
à un temps exempt de troubles et de coupures
Geográfica Mente de Miguel Ángel Real est précédé d'une note de l'auteur et d'une préface de Jesús Cárdenas. L'ouvrage est publié par les éditions Lastura à Madrid. Il compte 78 pages et coûte 14 €.
Note sur la traduction : Traduire de la poésie est une mission quasi impossible. Tout en essayant de rester au plus près des mots de l'auteur, le traducteur s'en écarte parfois en misant sur des synonymies qui signent ses propres représentations imaginaires et son rapport intime à la poésie. Les lecteurs bilingues sauront me pardonner les petits glissements auxquels j'ai cédé.

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