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Mon blog est celui d'un butineur effaré dans tous les champs du savoir. Et c'est ce même butinage qui m'a conduit à écrire des livres.

dimanche 23 août 2026

Miguel Angel Real, Géographique Mental


Le dernier recueil de Miguel Ángel Real s'intitule Geográfica Mente. Nous choisissons de le traduire par Géographique Mental afin d'en conserver le jeu de mots. Le lexique de la géographie s'affranchit ici des dictionnaires et abonde les mystères de l'humain et de la langue. "Miguel Ángel Real transforme les fleuves, les ports, les falaises ou les sentiers en symboles de la mémoire, le temps et l'existence en dépliant le sens des mots avec un regard philosophiquement contemplatif ". Comment, dès lors, ne pas penser à la merveilleuse Histoire d'un ruisseau d'Élisée Reclus, lequel écrivit : " L'histoire d'un ruisseau, même de celui qui naît et se perd dans la mousse, est l'histoire de l'infini". Épris des horizons qui ondulent, Miguel Ángel Real est un promeneur infiniment patient et nous aimons cette lenteur portée au cœur du poème, jusqu'à l'effacement de soi.

 

ALDEA

Cuentan que un año algunos descubrieron

que el silencio era cierto en la ciudades :

un vacío sereno, que no tenía peso

reinaba en la amplitud recobrada de las plazas

que a la vez eran un antro de ecos al acecho

Sin mapas ni espejos, asistíamos

a un nuevo génesis a cada instante

y en los tenaces restos de la prisa

el encanto del viento, sin esfuerzo,

sin ansias de ser viento, por ser sólo,

acompañaba sin pretensiones las mañanas.

Todo regresaba a su origen de aldea. 

 

LIEU-DIT

Ils racontent qu'une année certains ont découvert

que le silence était sûr dans les villes :

un vide serein, qui ne pesait rien 

il régnait sur l'étendue retrouvée des places

lesquelles étaient aussi un antre d'échos à l'affût. 

Sans cartes ni miroirs, nous assistions

à une nouvelle genèse de chaque instant

et dans les restes persistants de l'urgence

l'enchantement du vent, sans labeur

ni tracas d'être vent, du seul fait d'exister,

accompagnait sans prétentions les matinées.

Tout s'en revenait à son origine de lieu-dit. 

 

COLINA

No veo fronteras en las colinas,

sino un vaivén claro y abierto,

una invitación casi a descubrir

sin estandartes ni ejércitos

el valle que se esconde al otro lado :

pensar colina es concebir

que el horizonte puede ser

ondulación. Algo en ellas respira

y su ritmo es armonía en esencia :

presencia generosa que invita a la desidia,

que se deja recorrer como una espalda dulce,

en la pacienca llena del paseo.

No hay desafío que ponga a prueba nuestras fuerzas

y ya en lo alto, sin querer ser,

hallamos un relato sin hazañas ni gestas

en el que las palabras solo intentan aunarse

a un tiempo exento de alteraciones y cesuras. 

 

COLLINE 

Je ne vois pas de frontières parmi les collines,

seulement un va-et-vient transparent et ouvert,

presque une invitation à découvrir 

sans armées ni bannières

la vallée qui se cache de l'autre côté :

penser en colline c'est concevoir

que l'horizon peut être

une ondulation. Quelque chose en elles respire

au rythme harmonieux des quintessences :

présence généreuse qui invite au nonchaloir,

qui se laisse arpenter comme la douceur d'un dos,

dans la pleine patience de la promenade. 

Il n'y a aucun défi qui mette nos forces à l'épreuve

et déjà dans les altitudes, ne voulant pas être,

nous découvrons un récit sans gestes ni prouesses 

où les mots essaient seulement de se lier 

à un temps exempt de troubles et de coupures 

 

Geográfica Mente de Miguel Ángel Real est précédé d'une note de l'auteur et d'une préface de Jesús Cárdenas. L'ouvrage est publié par les éditions Lastura à Madrid. Il compte 78 pages et coûte 14 €.

 

Note sur la traduction : Traduire de la poésie est une mission quasi impossible. Tout en essayant de rester au plus près des mots de l'auteur, le traducteur s'en écarte parfois en misant sur des synonymies qui signent ses propres représentations imaginaires et son rapport intime à la poésie. Les lecteurs bilingues sauront me pardonner les petits glissements auxquels j'ai cédé. 

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