C'est la première fois que je consacre un article à un film. Je n'ai pas une culture cinématographique tellement développée. Je comprends les images encore moins que les mots. Mais le film de Lucas Belvaux m'a effrayé. Parce que j'y ai vu une anticipation de ce qui risque de nous arriver après mai 2027.
La jeune Pauline, infirmière à domicile dévouée à ses patients dans une ville moyenne du Pas-de-Calais, mère de deux enfants qu'elle élève seule tout en assistant son père malade, aime les gens, tous les gens. Elle se laisse peu à peu convaincre par un médecin ancien député européen de se présenter aux élections municipales sous l'étiquette du Rassemblement National Populaire. Elle est prise en main par le staff du parti et, pour les besoins de la communication, accepte de teindre ses cheveux en blond. Elle apparaît comme tête de liste sur les affiches, participe à toutes les réunions de la campagne mais ce n'est pas elle qui rédige le programme en cas de victoire. C'est une autre femme, oratrice rompue de longue date à toutes les roueries de la politique. Parallèlement, elle retrouve le dénommé Stéphane qui fut son premier amour quand elle avait seize ans. Elle prend enfin du temps à soi, de la tendresse. Mais se présente un gros problème. L'individu n'est pas du tout recommandable pour une formation en quête de respectabilité. Il fréquente encore des groupuscules identitaires lourdement armés qui s'adonnent à des exactions dans les quartiers pauvres essentiellement peuplés de familles issues de l'immigration. Si cela vient à se savoir, l'élection sera perdue. Pauline subit des pressions pour le quitter, est suivie dans ses déplacements par le service d'ordre...
Ce qui m'a effrayé, c'est le glissement insidieux de la jeune femme vers les représentations les plus crépusculaires du RNP. Comment elle adopte peu à peu tous ses éléments de langage, comment elle les ressort quasi mécaniquement. La violence à l'état latent est également très bien décrite par Lucas Belvaux, d'autant plus que quelques scènes glaçantes la montrent à l'œuvre. Un jeune rebeu y perd un œil.
Alors voilà, j'ai physiquement peur de l'éventuelle exacerbation des passions noires au mois de mai prochain. Et sachant qu'en Allemagne l'AFD pourrait bientôt conquérir un land, j'en oublie que l'histoire n'est pas une photocopieuse.

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