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Mon blog est celui d'un butineur effaré dans tous les champs du savoir. Et c'est ce même butinage qui m'a conduit à écrire des livres.

samedi 29 août 2026

Le corps dépose parfois

 


(J'ai écrit ça il y aune dizaine d'années ; il y aurait à reprendre mais je reprends pas. Voilà.)

 Dormir pour apprivoiser ce qui résiste dans le corps. L’oiseau idéal drainera les sanies et le ciel sera un drap bleu au réveil. Sourire. Tenir avec les mots les plus simples. On l’a deviné il y a longtemps. Un  grain de plâtre tombé du mur nous l’aura dit mais c’est plus tard qu’on l’aura compris. En suivant le chat qui jouait à la feuille morte. Un jour de novembre. Sourire. Etait-ce vraiment l’automne dans la terre meuble du seringat ? Le vent avait-il quelque saute à murmurer dans les branches ? Et voilà retrouvé, dans le fil des questions, le souffle du sang. La nuit peut tomber.

La sensibilité à l’invisible est plus aiguë depuis qu’on a le mal au fond du corps. Dira-t-on qu’on sent parfois l’urée couler jusqu’aux orteils pour y déposer ses cristaux ? On la reconnaît au froid qui l’accompagne, dont on suit la progression au travers des fibres. On sent aussi beaucoup mieux à l’extérieur de soi. Le cerveau s’ouvre davantage à la densité de l’air. Il en suit les méandres parmi les ramures du jardin. Les déplacements au passage du chat et de l’oiseau. Il mesure l’étirement possible de la goutte d’eau sous un robinet avant la chute. Il saurait dans la fièvre deviner le nombre de gouttelettes éparpillées autour de la bonde. On imagine les visages penchés en aparté, qui ne veulent pas croire. On devine sous les fronts butés quelque sarcasme. Un peu de tristesse enroule un peu le corps. On s’y blottit avec la compagne aimée. Loin.

C’est un dimanche de lumière sale. On se réfugie sous une couverture de laine rouge. Tout sera plus long. Laver le corps. Désinfecter le corps. Habiller le corps. Détendre l’esprit dans sa grande solitude. On guette un mouvement par la fenêtre trop immobile. Rien ne bouge et rien ne bruit. La vie aura quitté le monde. L’oiseau las, le chat taciturne se seront dégoûtés du silence. On s’amuse un moment de cette image d’animaux qui renoncent. On se souvient de la dissipation de la vie dans un roman italien. Un seul témoin pour dire l’effroi du vide mais à qui ? Le silence n’est d’aucun secours s’il est trop silencieux. Le corps se remet à geindre. Il faudrait se lever. Dresser la liste des gestes qui ouvriraient le chemin jusqu’au fruit sur la table du salon, jusqu’à la bouteille d’eau à remplir encore. Il faudrait cela dans la lumière sale. Et la paix viendrait dans le sang. Mais un volet qui grince recompose l’espace dans la chambre. Tout sera plus long. Plus loin.

On pense peu aux grands souffrants qui résistent toute une vie. Leurs actes sont des leçons. Leurs paroles sont des leçons. Construisez votre joie comme nous construisons la nôtre, disent-elles. Oui. Bien sûr. Il faudrait penser davantage à ces grands souffrants qui résistent. On donnerait de la force à l’oiseau contre le vent. La lumière blesserait moins les yeux tristes. La douleur aurait l’aiguillon plus doux. Bien sûr. Et pourtant. Cette réticence qu’on a. Le dépassement de soi tresse des lauriers à la chaîne. Frappe des médailles sur la poitrine des valeureux. On n’est pas valeureux. On craint le sang qui s’épanche. On redoute les urines retenues dans la vessie. Et l’oiseau ne tient pas debout sur le muret du jardin. Il a peur. La pluie pourrait tomber. Une branche casser. Et ce serait l’aubaine du chat tendu vers sa proie. L’autre leçon du pire.

 

 

 

 

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